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Opéra de Francis Poulenc
Chef-d’œuvre du répertoire lyrique français du 20e siècle, Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc raconte le destin bouleversant d’une communauté religieuse confrontée aux violences de la Révolution française. À travers le parcours de ces femmes unies par la foi, l’œuvre explore avec une profonde humanité des thèmes universels tels que la peur, le doute, le courage, la solidarité et la quête de sens.
Bien au-delà du drame historique ou religieux, cet opéra interroge notre rapport à l’incertitude et à la fragilité humaine. Francis Poulenc y déploie une écriture musicale d’une grande intensité émotionnelle, faisant de Dialogues des Carmélites l’un des sommets de l’opéra français.
Pour les étudiant-e-s de la Haute école de musique de Genève, cette production représente une expérience artistique et pédagogique majeure. En incarnant les rôles solistes de cette œuvre exigeante, elles et ils développent leur maîtrise du chant lyrique, leur engagement scénique et leur capacité à donner vie à des personnages d’une rare profondeur psychologique.
Placée sous la direction musicale d’Emmanuel Olivier, professeur à la HEM, et portée par une mise en scène inspirée d’Yves Coudray, cette production offre aux étudiant-e-s l’opportunité d’aborder un jalon essentiel du répertoire d’opéra dans des conditions proches de la pratique professionnelle.
Livret de Francis Poulenc d’après la pièce de Georges Bernanos
Inspirée de la nouvelle La Dernière à l’échafaud de Gertrud von Le Fort
Fondée sur l’histoire des carmélites de Compiègne exécutées pendant la Révolution française
L’œuvre est portée à l’opéra par Francis Poulenc entre 1953 et 1956 et créée à la Scala de Milan le 26 janvier 1957, avant sa création française à l’Opéra de Paris le 21 juin 1957.
Mise en scène, Yves Coudray
Direction musicale, Emmanuel Olivier
Piano, Juliette Journaux
Chanteuses et chanteurs du département vocal de la HEM
Grand Chœur de la HEM
Chefs de chant, Vladyslava Udod et Lucas Vaysse
Yves Coudray débute à l’âge de sept ans, lorsque Yves Allégret le choisit pour incarner le rôle principal de son feuilleton télévisé Graine d’Ortie. Il poursuit cette voie pendant dix ans, à la télévision, au cinéma et au théâtre.
Admis au CNSM de Paris à 18 ans, il entame ensuite une carrière de chanteur, avec une prédilection pour le répertoire français. Il se produit notamment à l’Opéra de Genève dans Orphée aux enfers, à l’Opéra de Marseille dans L’Aiglon, à l’Opéra de Bordeaux dans La Périchole, à l’Opéra de Rouen dans Die Zauberflöte, à l’Opéra de Metz dans Les Brigands, à l’Opéra de Lausanne dans Le Carnaval de Londres et Mireille, à l’Opéra de Nice dans Serenade de Britten, ainsi qu’à l’Opéra–Comique dans Les Aventures du roi Pausole et Die lustigen Weiber von Windsor. Il est également accueilli par plusieurs festivals, dont Aix–en–Provence, Utrecht, Montpellier et Saint–Étienne.
Parallèlement à son parcours d’interprète, Yves Coudray signe de nombreuses mises en scène en France, notamment à Marseille avec Manon Lescaut, Attila et Salammbô, à Montpellier avec Monsieur Choufleuri, à Nantes avec Manon, ainsi qu’à Nice avec Fidelio et Une petite flûte enchantée. Son activité de metteur en scène le mène également en Espagne et aux États–Unis, notamment à New York et San Francisco.
Il se consacre aussi à la formation scénique des jeunes chanteurs, notamment auprès de l’Opéra de Paris, du CNIPAL de Marseille et de l’Université Pepperdine en Californie. Il a été directeur artistique du Festival Offenbach d’Étretat jusqu’en 2020 et conseiller artistique de la Péniche Opéra pendant plus de dix ans, où il a contribué à la redécouverte d’ouvrages oubliés du répertoire français.
Emmanuel Olivier étudie le piano au Conservatoire National de Région de Lille, au Conservatoire Royal de Bruxelles, puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il obtient les diplômes de formation supérieure de piano, d’accompagnement vocal et d’accompagnement, direction de chant, ainsi que les premiers prix de musique de chambre et d’analyse.
Particulièrement attaché au répertoire du Lied et de la mélodie, il se perfectionne auprès de Ruben Lifschitz et Martin Isepp à l’Abbaye de Royaumont, de Walter Moore à la Universität für Musik de Vienne, ainsi qu’auprès d’Elly Ameling, Walter Berry et Hans Hotter au Franz Schubert Institut de Baden. Il se produit comme soliste et accompagnateur dans de nombreux pays d’Europe, ainsi qu’à Chypre, en Jordanie, en Chine et au Japon.
Chef de chant, il travaille notamment sur Les Troyens avec John Eliot Gardiner puis John Nelson, avec qui il collabore également pour Benvenuto Cellini et Béatrice et Bénédict. Il participe à de nombreuses créations et collabore avec des institutions telles que le Théâtre du Châtelet, l’Opéra–Comique, Radio France, l’Opéra de Lille, le Grand Théâtre de Genève, la Philharmonie de Dresde, les festivals de Wexford et Wildbad, ainsi que l’Opéra Central de Pékin pour la création chinoise des Contes d’Hoffmann.
Directeur musical, il dirige notamment Don Giovanni, Orfeo ed Euridice, Tosca, Opérette d’Oscar Strasnoy, Riders to the Sea, Ô mon bel inconnu, L’Amour masqué, Cendrillon et Les Enfants terribles de Philip Glass. Il compose également la musique de l’opérette de rue Le Procès des sorcières, produite par la compagnie On/Off et La Clef des chants.
Après avoir enseigné à la Maîtrise de Radio France, il est professeur assistant d’accompagnement vocal au CNSM de Paris. Il donne aussi des masterclasses et intervient dans plusieurs institutions et académies, dont le Conservatoire Central de Pékin, la Musikhochschule de Karlsruhe, Royaumont, l’Académie européenne du Festival d’Aix–en–Provence et l’Académie Maurice Ravel de Saint–Jean–de–Luz. Emmanuel Olivier est également professeur d’accompagnement piano instrumental et vocal à la Haute école de musique de Genève.
Juliette Journaux est pianiste et cheffe de chant. Triplement diplômée du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris après un cursus au CRR de Boulogne–Billancourt, elle mène une double carrière entre le piano soliste et l’accompagnement lyrique.
Formée auprès de Marie–Paule Siruguet, Hortense Cartier–Bresson, Tatiana Kostrova, David Saudubray et Emmanuel Strosser, elle se produit dès l’âge de 13 ans à la salle Pleyel, à l’invitation de Brigitte Engerer, pour le bicentenaire Chopin. Elle joue également à la Laeiszhalle de Hambourg et à la Philharmonie de Varsovie, où elle interprète le Premier Concerto de Chopin avec le Warsaw Philharmonic Orchestra, sous la direction de Jacek Kaspszyk.
Attachée à la voix lyrique et aux liens entre musique et texte, elle complète sa formation par deux masters de spécialisation en accompagnement vocal et en direction de chant auprès d’Anne Le Bozec et Erika Guiomar. Elle se perfectionne notamment auprès de Christophe Prégardien, Julius Drake, Anne Sofie von Otter, Véronique Gens et Thomas Hampson. Lauréate de l’Académie Orsay–Royaumont, elle développe un travail important autour du Lied et de la mélodie, qu’elle défend dans ses programmes de récitals, notamment à la Philharmonie de Paris, au Musée d’Orsay, à l’Opéra de Lille et à l’Abbaye de Royaumont.
Comme cheffe de chant, elle est régulièrement invitée par l’Opéra–Comique, l’Opéra de Rouen, le Festival d’Aix–en–Provence et le Tiroler Festspiele en Autriche. Elle participe à des productions lyriques aux côtés de Pierre Dumoussaud, Christophe Rousset, Alexis Kossenko, Raphaël Pichon, Laurence Equilbey, Karsten Janushke, Maxime Pascal et Duncan Ward.
Son premier album solo, Wanderer without words, paraît en 2023 chez Alpha Classics, avec des œuvres de Schubert et des transcriptions inédites de Mahler et Wagner. Elle est lauréate de la Fondation Safran, de la Fondation L’Or du Rhin, de la Fondation Meyer, de l’Académie Orsay–Royaumont et de la bourse FoRTE Île–de–France.
Juliette Journaux est également professeure de coaching vocal à la Haute école de musique de Genève.
Blanche de La Force, jeune aristocrate fragile et anxieuse, vit dans un climat de peur nourri par les troubles révolutionnaires. Alors que son père et son frère s'inquiètent pour elle, elle annonce son désir d'entrer au Carmel de Compiègne. Au couvent, elle rencontre Madame de Croissy, prieure exigeante et lucide, puis découvre la vie conventuelle aux côtés de sœur Constance. L'acte s'achève sur l'agonie douloureuse de Madame de Croissy, dont la mort bouleverse profondément Blanche.
Tableau 1 – La bibliothèque du marquis de La Force Dans la demeure familiale, le marquis de La Force et son fils évoquent l'insécurité croissante qui règne à Paris. Blanche, marquée par une grande anxiété, annonce son intention d'entrer au Carmel. Elle espère y trouver une forme d'apaisement en s’extrayant du monde qui l'effraie.
Tableau 2 – Le parloir, au Carmel de Compiègne Blanche rencontre Madame de Croissy, la prieure du couvent. Celle–ci perçoit la fragilité de la jeune femme et comprend que son désir d'entrer en religion est aussi lié à sa peur du monde. Elle accepte néanmoins sa demande.
Tableau 3 – La tour, à l'intérieur du couvent Blanche découvre la vie du Carmel et fait la connaissance de sœur Constance de Saint–Denis, novice, comme elle. Leur échange révèle deux tempéraments très différents. Constance, vive et intuitive, évoque la prémonition qu’elle a eu : elles mourront ensemble.
Tableau 4 – Une cellule de l'infirmerie Madame de Croissy vit ses derniers instants. Sa mort, loin d'être sereine, est marquée par l'angoisse et le sentiment d'abandon. Blanche assiste, interdite, à cette agonie effroyable.
Après la mort de Madame de Croissy, Madame Lidoine est choisie pour être la nouvelle prieure - ses origines modestes sont plus en accord avec le climat politique. Mais la Révolution se fait plus bruyante et menace le mode de vie de la communauté.
Tableau 1 – La chapelle du Carmel Blanche et Constance sont de veille autour du corps de la défunte prieure. Constance s’absente pour aller chercher la relève. Prise de panique d’être seule avec la dépouille, Blanche est prête à s’enfuir. Elle est arrêtée par Mère Marie qui lui rappelle son devoir avec bienveillance et fermeté.
Interlude 1 – Le jardin du couvent Blanche et Constance préparent une croix de fleurs pour la tombe de Madame de Croissy. Constance, parle de la mort de Mme de Croissy : cette mort lui semble avoir été trop petite pour elle, comme si elle était morte à la place de quelqu’un d’autre. Elle a confusément compris qu’il s’agissait d’un transfert de grâce.
Tableau 2 – La salle du chapitre C’est le premier discours de Mme Lidoine en tant que Prieure. En ces temps de conflits, elle exhorte la communauté à la simplicité et à la prière.
Interlude 2 – Une salle du couvent Une sonnette se fait entendre à l’entrée la plus discrète du Carmel. C’est le Chevalier de La Force qui demande à voir sa sœur. L’entrevue est accordée.
Tableau 3 – Le parloir Le Chevalier a décidé de rejoindre les émigrés royalistes. Il supplie sa sœur de quitter le Carmel jugeant qu’elle n’y est pas en sûreté. Après un échange tendu, chacun poussant l’autre dans ses retranchements, Blanche restera au sein de la communauté, le Chevalier quittera la France.
Tableau 4 – La sacristie du Carmel L'aumônier annonce aux sœurs qu'il doit fuir, proscrit par la Révolution. Il les bénit une dernière fois. A peine le prêtre parti, c’est la Révolution elle-même qui pénètre le Carmel : des commissaires viennent annoncer la dissolution de toutes les communautés religieuses, la vente de leurs biens et l’obligation de quitter les lieux. L’acte se termine au cri de « Ah ! Ça ira ! » hurlé par la foule.
Le Carmel est fermé et les religieuses sont dispersées. Blanche, submergée par l'angoisse, est retournée vivre dans la maison de son père. Arrêtées puis emprisonnées à la Conciergerie, les carmélites sont condamnées à mort. Dans une sorte de transfiguration, Blanche les rejoindra à l’échafaud.
Tableau 1 – La chapelle Le Carmel a été dévasté. Malgré l’opposition de la Prieure, Mère Marie propose à la communauté de prononcer le vœu du martyre. Les religieuses acceptent et offrent leurs vies pour conserver la foi en France. À peine le serment fait, Blanche s’enfuit.
Interlude 1 – Une rue devant le couvent Les religieuses quittent le Carmel. La dispersion de la communauté marque la fin visible de leur vie conventuelle.
Tableau 2 – La bibliothèque du marquis de La Force Blanche est revenue dans la maison familiale. Elle y vit à présent comme servante. Son père a été guillotiné. Mère Marie vient la chercher et l’enjoint à rejoindre ses sœurs. Terrassée par l’angoisse, Blanche refuse.
Tableau 3 – Une cellule à la Conciergerie Les carmélites emprisonnées attendent leur condamnation. Mme Lidoine les réconforte, malgré la peur qui les gagne. En égrenant leurs noms, le geôlier donne lecture de leur acte de condamnation à mort.
Interlude 3 – Une rue du quartier de la Bastille Mère Marie et l’aumônier, tous deux en habit civil, se rencontrent au coin d’une rue. Il lui apprend que ses sœurs sont toutes condamnées. Mère Marie veut les rejoindre. L’aumônier l’en dissuade : c’est elle à présent qui est la gardienne du Carmel. Sa renaissance repose sur sa survie.
Tableau 4 – Place de la Révolution Les religieuses montent une à une à l'échafaud en chantant le Salve Regina. Au moment où Constance s’approche du bourreau, Blanche, comme transfigurée, surgit de la foule et la rejoint, affrontant la mort avec ses sœurs.
Blanche de La Force | Sœur Blanche de l'Agonie du Christ – soprano Jeune aristocrate parisienne, elle entre au Carmel de Compiègne en espérant trouver un apaisement à sa peur maladive du monde et de la mort. Traversée par le doute et l'angoisse tout au long de l'œuvre, elle quitte le couvent lorsque la communauté est dissoute, avant de rejoindre finalement ses sœurs à l'échafaud dans un ultime geste de courage – alors même qu'elle n'avait pas été condamnée. C'est elle qui, dans les derniers instants, entonne seule le Veni Creator Spiritus.
Madame de Croissy | Mère Henriette de Jésus, Prieure du Carmel – contralto Prieure exigeante et lucide, elle accueille Blanche au Carmel et pressent sa fragilité. Son agonie douloureuse et déstabilisante, loin de toute sérénité, constitue l'une des scènes les plus saisissantes de l'opéra. Elle représente la première confrontation directe de Blanche – et du spectateur – avec la réalité de la mort.
Madame Lidoine | Mère Marie de Saint–Augustin, nouvelle Prieure – soprano Elle prend la tête de la communauté après la mort de Madame de Croissy. Figure d'humilité et de droiture, elle cherche à maintenir l'unité des sœurs dans un contexte de plus en plus périlleux, et les accompagne jusqu'à l'échafaud.
Mère Marie de l'Incarnation | sous–Prieure – mezzo–soprano Figure d'autorité et de fermeté spirituelle, elle propose le vœu de martyre à la communauté. Son caractère déterminé la place souvent en tension avec les décisions de la nouvelle Prieure. Paradoxalement, c'est elle qui n'assistera pas à l'exécution – l'aumônier l'en dissuade – faisant d'elle la seule rescapée et la mémoire vivante de l'événement.
Sœur Constance de Saint–Denis | très jeune sœur – soprano légère Vive, gaie et intuitive, elle forme avec Blanche le couple dramatique central de l'œuvre, leurs deux tempéraments s'opposant en permanence. Dès l'acte I, elle pressent qu'elle et Blanche mourront ensemble. Sa légèreté apparente cache une lucidité profonde sur la mort et la foi.
Le Marquis de La Force | père de Blanche – baryton Aristocrate bienveillant, profondément attaché à sa fille, il tente de la mettre en garde contre les excès d'une dévotion trop ardente. Blanche apprend au cours de l'acte III qu'il a été guillotiné.
Le Chevalier de La Force | frère de Blanche – ténor Uni à sa sœur par un lien d'affection très fort, il tente de la convaincre de quitter le couvent pour se mettre en sécurité. Sa démarche échoue : Blanche refuse de partir, et les deux frère et sœur se séparent sans que l'œuvre ne précise davantage le destin du Chevalier.
L'Aumônier du Carmel | ténor Prêtre réfractaire, il assure la vie spirituelle de la communauté jusqu'à ce que la Révolution le contraigne à fuir. C'est lui qui, à l'acte III, dissuade Mère Marie de rejoindre ses sœurs à l'échafaud.
39 chanteuses et chanteurs de la Haute école de musique de Genève qui interpréteront des rôles différents dans chaque acte.
Piano | Juliette Journaux