Sébastien Brugière, retour sur le CAS en Gestion de projets culturels et musicaux
Depuis 2020, je travaille à plein temps à la Fondation Martin Bodmer comme responsable de la médiation culturelle et collaborateur scientifique. Avant cela, j’ai mené une vie de musicien professionnel qui, par différents chemins de traverse, m’a progressivement conduit vers les métiers de la culture et de la gestion de projets.
Arrivé dans la région genevoise au début des années 2000, j’ai effectué l’ensemble de mes études musicales à la HEM Genève, où j’ai obtenu trois Masters : en violon, en pédagogie musicale et en direction d’orchestre. Pendant une dizaine d’années, j’ai exercé comme violoniste professionnel dans de nombreux orchestres, notamment à l’Opéra national de Lyon. Après mon Master de direction, j’ai été nommé directeur musical de l’Orchestre et du Chœur de l’Université de Genève. La direction d’orchestre et de chœur a alors pris une place centrale dans ma vie professionnelle (jusqu’à une cinquantaine de concerts par an et plusieurs ensembles dirigés simultanément).
Parallèlement, j’ai toujours aimé initier et construire des projets. J’ai cofondé une société de production musicale ainsi que plusieurs ensembles, parmi lesquels le Chœur de chambre de l’Université de Genève et l’Orchestre de chambre de Versoix, que je dirige encore aujourd’hui.
J’étais donc déjà très actif dans certains aspects de la gestion culturelle avant de débuter cette formation, notamment à travers la création d’ensembles, l’organisation de concerts, la coordination d’équipes artistiques et le développement de projets culturels.
J’avais déjà une importante expérience de terrain dans la conduite de projets artistiques, mais je ressentais le besoin de consolider certains aspects plus stratégiques et administratifs.
J'ai effectué ce CAS en 2017-2018. Ma motivation initiale était d’acquérir des outils concrets afin de mieux structurer et développer un nouvel ensemble que j’avais créé quelques années auparavant : Synopsie, un ensemble de solistes consacré à l’interprétation du répertoire symphonique dans des versions réduites.
À ce moment-là de mon parcours, j’avais déjà une importante expérience de terrain dans la conduite de projets artistiques, mais je ressentais le besoin de consolider certains aspects plus stratégiques et administratifs : gestion financière, communication, structuration d’équipe, développement de projet ou encore vision à long terme.
J’ai profité de la fin de mon mandat à l’Université de Genève pour entreprendre cette formation. C’était un projet que j’envisageais déjà depuis quelque temps, mais que mon emploi du temps particulièrement chargé ne m’avait jusque-là pas permis de suivre.
Certains enseignements avaient une application très concrète et immédiate dans ma pratique professionnelle, tandis que d’autres m’ont surtout ouvert de nouvelles perspectives de réflexion.
La forme du cursus était très adaptée à mon activité, notamment parce qu’elle permettait de concilier formation, réflexion personnelle et pratique professionnelle. Mais au-delà de l’aspect pratique, je crois surtout que j’ai abordé cette formation avec une grande curiosité intellectuelle.
Je ne me suis jamais limité à la question : « Est-ce que cela me sera utile immédiatement ? » L’expérience m’a appris que certains apprentissages révèlent leur importance bien plus tard, parfois dans des contextes inattendus. Quand j’apprenais le latin au collège, j'entendais souvent que cela ne servirait à rien. Pourtant, cette formation m’a ensuite été très précieuse comme chef de chœur, puis dans mon activité actuelle au sein de la Fondation Martin Bodmer, où le rapport aux textes, aux langues et à l’histoire du livre occupe une place centrale.
J’ai vécu le CAS un peu de la même manière. Certains enseignements avaient une application très concrète et immédiate dans ma pratique professionnelle, tandis que d’autres m’ont surtout ouvert de nouvelles perspectives de réflexion. Je pense par exemple au cours de sociologie, porté par un enseignant particulièrement inspirant, qui a nourri une réflexion que je continue encore aujourd’hui. C’est aussi cela que j’ai apprécié dans cette formation. Elle ne se limitait pas à des outils techniques, mais invitait également à prendre du recul sur le rôle de la culture, des institutions et des projets que l’on porte.
À travers les différents modules, le CAS m’a permis d’aborder de manière structurée toutes les facettes de la gestion de projet culturel, avec une vraie complémentarité entre les différents enseignements.
J’étais déjà relativement à l’aise dans certains domaines, notamment la gestion budgétaire, grâce à mon expérience. En revanche, j’ai beaucoup appris sur les questions de recherche de fonds, de développement de partenariats et plus largement sur les outils de structuration de projet.
Les apports plus théoriques liés à la gestion de projet m’ont également beaucoup marqué. Ils m’ont permis de prendre du recul sur ma pratique, de clarifier certaines méthodes de travail et de mieux articuler vision artistique, organisation et stratégie. Ce sont des outils qui me servent encore aujourd’hui dans les différents projets culturels que je développe.
Les parcours culturels ne sont pas toujours linéaires, et c’est souvent à la croisée de plusieurs expériences que naissent les projets les plus riches.
En ce qui me concerne, il y a clairement eu un avant et un après le CAS. Cette formation a constitué un véritable tournant dans mon parcours professionnel. À son issue, j’ai saisi l’opportunité de postuler au Grand Théâtre de Genève comme médiateur culturel, et j’ai été engagé. Cela a marqué le début d’une nouvelle étape dans ma vie professionnelle.
Ce poste demandait à la fois de solides compétences musicales et une véritable capacité à concevoir, coordonner et porter des projets culturels. Le CAS m’a permis d’acquérir cette double légitimité. Je ne suis pas certain que j’aurais obtenu ce poste sans cette formation, qui attestait d’une compétence complémentaire à mon parcours de musicien et ouvrait de nouvelles perspectives professionnelles.
Avec le recul, je réalise que mon parcours s’est construit par étapes et par déplacements successifs : de violoniste à chef d’orchestre et de chœur, puis de musicien vers la médiation culturelle dans une maison d’opéra, avant d’évoluer vers mon poste actuel de responsable de la médiation culturelle dans un musée du livre patrimonial et de l'écrit.
Aujourd’hui, je ressens un équilibre très fort entre mon activité à la Fondation Bodmer, qui me passionne profondément, et mon engagement artistique comme directeur musical de l’Orchestre de chambre de Versoix. Ces deux univers se nourrissent d’ailleurs mutuellement, à travers des projets communs, mais aussi grâce aux recherches que je mène autour des manuscrits musicaux conservés dans les collections de la Bodmeriana.
Ce CAS a aussi confirmé quelque chose d’important pour moi : les parcours culturels ne sont pas toujours linéaires, et c’est souvent à la croisée de plusieurs expériences que naissent les projets les plus riches. Mon parcours de musicien continue aujourd’hui d’alimenter mon travail de médiation culturelle, tout comme mon activité dans le monde muséal nourrit ma réflexion artistique. J’aime cette circulation entre les disciplines, les publics et les manières de transmettre.