en mi mineur, op. 64
Dans le Concerto pour violon en mi mineur, op. 64, Mendelssohn réinvente le modèle du concerto romantique en faisant entrer d’emblée le violon solo, sans traditionnelle introduction orchestrale. D’un seul geste, le discours est lancé : une grande phrase en arche, à la fois lyrique et tendue, qui installe ce mélange de clarté formelle et d’émotion brûlante typique du compositeur. Le premier mouvement reste ancré dans une forme-sonate très maîtrisée, mais Mendelssohn l’articule en un flux continu, sans ruptures nettes entre exposition, développement et réexposition. La célèbre cadence, entièrement notée dans la partition (probablement élaborée de près avec son ami le violoniste Ferdinand David), est intégrée au cœur même de la forme, avant la récapitulation, ce qui renforce l’impression de récit ininterrompu. L’orchestre n’est jamais simple accompagnateur : les bois dialoguent avec le violon, reprennent ses motifs, commentent le discours avec une finesse de musique de chambre élargie.
Sans interruption, un pont discret conduit vers l’Andante central, en mode majeur, où le violon déploie une ligne simple et recueillie, proche des Lieder ohne Worte, soutenue par des harmonies souples et une texture orchestrale transparente. Cette page d’un lyrisme contenu, presque intérieur, fait respirer le temps et installe un climat de confiance entre soliste, orchestre, auditrices et auditeurs. Là encore, aucune virtuosité gratuite : chaque ornement prolonge la phrase, chaque inflexion reste au service du chant. Le Finale surgit Scherzando, en éclat de lumière : un mouvement vif, enjoué, quasi féerique, dont les traits rapides et les rythmes bondissants rappellent le monde du Songe d’une nuit d’été. Le violon y court, danse, rebondit, mais toujours dans un cadre formel parfaitement lisible. Entre tension dramatique, cantabile méditatif et jubilation finale, ce concerto emblématique condense l’art de Mendelssohn : virtuosité élégante, architecture limpide et poésie orchestrale immédiatement accessible.
Felix Mendelssohn (1809–1847) appartient à la première génération du romantisme, à la charnière entre héritage classique et nouveaux élans du XIXe siècle. Enfant prodige, souvent comparé à Mozart, il compose très tôt des œuvres majeures, comme l’ouverture du Songe d’une nuit d’été, tout en maîtrisant parfaitement les formes héritées de Haydn et Beethoven. Chef d’orchestre et organisateur, il joue un rôle central à Leipzig, notamment à la tête du Gewandhaus, et contribue à redécouvrir la musique de Bach avec la résurrection de La Passion selon Saint-Matthieu. Son catalogue couvre la symphonie, l’oratorio, la musique de chambre, le piano et le concerto, avec une signature faite de clarté, d’élégance et de couleur poétique. Aujourd’hui, ses concertos, ses symphonies et ses pages chorales restent des piliers du répertoire, appréciés pour leur équilibre entre intensité romantique et lisibilité classique.