
Le projet «Bryosphère» de l’HEPIA met les mousses à l’honneur, au travers d’un jardin pédagogique et d’essais de végétalisation des toits.
Communément appelées mousses, les bryophytes regroupent les végétaux qui émergent en coussins ou tapis verts et orangées, autant sur les murs que sur les sols ou la cime des arbres. «Je trouve les mousses d’une incroyable beauté», déclare Julie Steffen, professeure HES assistante à l’institut Terre-Nature-Paysage (inTNP) de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (HEPIA).
«Les mousses font partie des premiers végétaux à avoir occupé la Terre. Leurs capacités d’adaptations sont incroyables. Elles sont capables de se vider de leur eau et de se mettre en état de cryptobiose, c’est-à-dire en hibernation extrême. Elles reprennent vie lorsqu’elles se réhydratent.» Les mousses peuvent ainsi survivre durant de longues périodes de sécheresses caniculaires.
Le projet «Bryosphère», mené en collaboration avec la Ville de Genève, vise la végétalisation des toits avec des mousses, et la création d’un jardin pédagogique.

Mousses © HEPIA / J. Steffen
Pour la professeure, les mousses souffrent à tort d’une mauvaise image. «Elles sont faussement associées à la saleté, à la dégradation, alors qu’elles n’abîment rien. Étant donné qu’elles n’ont pas de racines, elles ne s’infiltrent pas dans les infrastructures, contrairement aux plantes grimpantes comme la vigne ou le lierre.»
Les mousses favorisent la biodiversité. Les oiseaux en utilisent des fragments pour construire leur nid. Elles servent aussi d’habitat aux tardigrades, aussi appelés oursons d’eau, organismes dotés de capacités de survies exceptionnelles. «Comme les mousses, ils sont capables de reviviscence, c’est-à-dire de revenir à la vie après un état de vie latente», détaille Julie Steffen.
En Suisse, plus de 1'100 espèces de mousses ont été recensées. Capables de pousser par toutes les conditions météorologiques, elles sont présentes autant dans les zones humides et ombragées que sur des façades en plein soleil. Attention néanmoins à ne pas les confondre avec du lichen, «des organismes totalement différents qui ont davantage trait au champignon et à l’algue.»
Dès le mois de mai 2026, un jardin d’un nouveau type sera observable au parc des Eaux-Vives à Genève. Laurence Crémel, professeure HES associée, du groupe Paysage projet vivant, a créé avec Julie Steffen un jardin de mousses pédagogique. «J’aimais le défi de réaliser un jardin miniature, de 50m2 seulement, composé de ces végétaux peu utilisés habituellement en architecture paysagère.»

Croquis du jardin © HEPIA / L. Crémel
Entre les noyers du Caucase (Pterocarya), les pins noirs et les fougères, les différentes espèces de mousses vont se déployer autour du sentier, «sur de petites pierres qu’elles finiront par coloniser», explique l’architecte du paysage. La topographie invitera les visiteur·euse·s à s’arrêter pour observer. «Il faut réellement se rapprocher pour appréhender correctement une mousse, la toucher, la sentir, l’observer à la loupe si possible.»

Jardin en préparation au parc des Eaux-vives © HEPIA / J. Steffen
En attendant d’être transplantées dans le parc, les mousses ont été cultivées sur le site de Lullier (HEPIA). Le jardin sera installé une année au sein du parc, «mais nous espérons qu’il restera de manière plus pérenne, en synergie avec son environnement», appuie Julie Steffen, du groupe de recherche Écologie végétale appliquée à l'aménagement et la conservation (EVA).
Depuis plusieurs années, Julie Steffen travaille sur la végétalisation des toitures avec des mousses indigènes. «Extrêmement résistantes, elles permettent de rendre l’espace urbain plus résilient face aux dérèglements climatiques, tout en contribuant à la biodiversité et au stockage des eaux pluviales, sans demander le moindre entretien. Les mousses possèdent en outre l’avantage de ne pas avoir de racines, n’abîmant pas la structure sur laquelle elles s’épanouissent.»

Les mousses en train de pousser sur le site de Lullier © HEPIA / J. Steffen
Mais la concurrence pour les toits de la ville sévit: entre les panneaux solaires et la végétalisation, c’est souvent l’énergie qui gagne. «Nous travaillons néanmoins à les combiner, ce qui est possible avec les mousses.» Le choix des espèces se révèle prépondérant puisque ces jardins suspendus doivent résister à des conditions climatiques variées et potentiellement difficiles.
«Le poids constituait un autre enjeu important, puisqu’un toit a une limite de résistance, ajoute Maha Deeb-Collet, adjointe scientifique HES au sein du groupe de recherche Sols et substrats. Nous avons ainsi cherché le substrat qui fournit les services écosystémiques (stockage de l’eau, carbone et milieu de croissance) les plus adaptés à ces infrastructures à faible portance.» Le projet sera déployé jusqu’en 2027.
Photo vignette: © HEPIA / J. Steffen