
Le bâti suisse demeure mal isolé et dépendant des énergies fossiles. Dans le cadre du projet Renowave, des chercheur·euse·s de l’HEPIA ont développé des outils pratiques à destination des collectivités et des propriétaires privés qui souhaitent entreprendre des travaux d’assainissement énergétique.
«La rénovation à grande échelle du parc immobilier s’impose comme une nécessité pour atteindre les objectifs de limitation du réchauffement climatique.» Grit Fowler, architecte et adjointe scientifique à la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève (HEPIA) dresse le constat. Le parc immobilier suisse est responsable d’environ un tiers des émissions annuelles de CO2 en Suisse, et plus de deux-tiers des bâtiments dépendent encore du mazout ou du gaz.
Cependant, entre la nécessité économique, l’engagement social et les contraintes techniques, la rénovation soulève des besoins transversaux. Débuté en 2022, le projet Renowave vise à promouvoir la rénovation énergétique des bâtiments de logement collectif, et réduire leur dépendance aux énergies fossiles.
Le projet fait partie d’une initiative Flagship (valorisation des recherches transdisciplinaires) d’Innosuisse, l'Agence suisse pour l'encouragement de l'innovation. Il a réuni pendant quatre ans 46 partenaires de terrain et 16 instituts académiques, dont l’Institut du paysage, d'architecture, de la construction et du territoire (inPACT) de l’HEPIA.
Lionel Rinquet, professeur HES associé, et Grit Fowler, se sont chargés de la création d’une boîte à outils numériques. «D’un·e propriétaire d’immeuble qui se demanderait par où commencer à une commune qui souhaite encourager la rénovation du bâti sur son territoire, nos outils servent de guides pour entamer la transition vers davantage d’efficience énergétique», précisent les deux membres du groupe de recherche Énergie, climat, environnement, architecture.
Ils ont ainsi développé sept outils numériques utilisables par les collectivités principalement, mais aussi par les particuliers, les architectes et les ingénieur·e·s. Intuitifs et fonctionnels, ils sont mis à disposition gratuitement et en open source sur le site Renowave-coachingtools.
Un des outils permet par exemple d’obtenir un rapport stratégique de l’état du bâti existant sur le territoire d’une commune et son niveau d’ambition politique en la matière. Il est établi en fonction des réponses données à une série de questions ciblées. L’outil donne alors des recommandations pour accompagner la rénovation.
Ces rapports préliminaires sont particulièrement utiles pour les responsables du développement durable, délégué·es de l’énergie ou même directement la ou le Maire de commune, précise Grit Fowler.
L’évaluation fournit aussi des statistiques du contexte bâti actuel. De nombreux immeubles ont été construits dans la période d’après-guerre (1946-2000), or à l’époque, la volonté de construire vite surpassait celle de bien isoler. À Genève par exemple, ces bâtiments représentent 45% du parc immobilier.
La boîte à outils liste également des exemples d’architecture types — années 1950, façades en béton préfabriquées, style Honegger, etc. —, et des fiches indicatives pour leur rénovation. Les «Renowave coaching tools» offrent enfin des marches à suivre, par exemple pour organiser des réunions d’information auprès du public ou pour encourager les propriétaires à lancer des projets d’assainissement.

Événement «Nyon Rénove» © HEPIA / G. Fowler

Renowave pointe aussi l’importance de deux métiers, outils essentiels au bon déroulement d’une rénovation:
«L’aspect social est primordial mais trop souvent négligé dans les travaux de rénovation, ajoute Grit Fowler. L’assistant·e à maîtrise d’usage sert d’intermédiaire entre les locataires, les propriétaires et les constructeurs. Même si la rénovation énergétique des bâtiments doit être entreprise le plus rapidement possible pour diminuer les émissions carbones, ces travaux représentant néanmoins d’important chantiers qui doivent être discutés entre toutes les parties prenantes pour assurer leur réussite.»
Photo vignette: Échafaudages. © HEPIA / L. Rinquet