
Essentiels à la biodiversité, à la captation du carbone, à la rétention de l’eau mais aussi au bien-être humain, les étangs offrent des solutions naturelles aux enjeux environnementaux et sociétaux actuels. La professeure Aurélie Boissezon défendra ces écosystèmes trop souvent négligés le vendredi 6 février 2026 dans le cadre des «Rencontres de l’Eau».
«On constate un réel décalage entre l’importance réelle des étangs et la façon dont ils sont perçus par les décideur·euse·s, explique Aurélie Boissezon, professeure HES assistante à l’Institut Terre Nature et Paysage de la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève (HEPIA). Largement sous-estimés, les paysages d’étangs constituent des écosystèmes aquatiques riches, bénéfiques, mais aussi vulnérables.»
Sont considérés comme des étangs les eaux stagnantes, naturelles ou créées par l’humain, d’une surface allant jusqu’à cinq hectares et d’une profondeur maximale de cinq mètres. Ils représentent environ 30% de l’étendue en eaux stagnantes de la planète, soit largement plus que les lacs.
Entre 50% et 90% des étangs européens ont disparu au cours du 20e siècle, 9 sur 10 en Suisse depuis 1900. En cause: la correction des cours d’eau, le drainage des marais, mais aussi l’intensification de l’agriculture, de l’urbanisation et du captage d’eau. Les étangs souffrent en outre du réchauffement climatique et sont à risque d’eutrophisation, soit le développement incontrôlé d’algues qui entraîne une asphyxie du milieu aquatique. Ils subissent aussi la pollution, en particulier par les pesticides, qui altère la qualité de l’eau et de la biodiversité.
«Les mesures de protection de l’eau et de la nature touchent en priorité les milieux aquatiques de grande taille, ceux dont l’humain perçoit l’utilité, tels que les lacs et les rivières», regrette la professeure du groupe de recherche Écologie et ingénierie des systèmes aquatiques (EISA). Abondants et hétérogènes, les étangs jouent pourtant un rôle fondamental pour la biodiversité et le bien-être de la population.
Pour la protection des espèces d’abord, notamment des amphibiens dont c’est le seul habitat. En Europe, les étangs concentrent 70% des espèces d'eau douce, qui sont pour la plupart rares, endémiques ou menacées. Ils contribuent aussi à l’absorption de l’eau, limitant ainsi la surcharge des réseaux et d’éventuelles inondations, et favorisent l’épuration des écoulements d’eaux de pluie. Bien entretenus, ils possèdent un grand potentiel de captation de carbone.

Réserve naturelle de Bois-Vieux à Jussy (GE). © HEPIA / A. Boissezon

Réserve naturelle de Prés Bordon à Gy (GE). © HEPIA / A. Boissezon
La biologiste Aurélie Boissezon a participé, avec plusieurs membres de son équipe, à une vaste étude européenne intitulée «Ponderful». Initié en 2020, le projet international a rassemblé neuf pays européens, la Turquie et l’Uruguay, afin de récolter un grand nombre de données, mais aussi d’établir une systématique dans leur analyse. «Cette étude à grande échelle permet de montrer la réalité chiffrée des étangs européens et de proposer des pistes concrètes d’amélioration pour les institutions et les décideur·euse·s politiques.»
L’étude, terminée en 2024, présente la création d’étangs comme des «solutions fondées sur la nature», autrement dit «des mesures qui doivent être bénéfiques à la fois pour la biodiversité et pour le bien-être de l’homme», selon la définition tirée des directives de l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’Union européenne et les Nations Unies.
«Les étangs apportent des services écosystémiques, c’est à dire qu’ils bénéficient à la biodiversité animale et végétale mais aussi à l’activité humaine puisqu’ils offrent aussi des espaces d’éducation, de bien-être et de rafraichissement. Cette interdépendance des milieux biologiques et humains souligne l’importance de préserver leur qualité.» L’étude promeut la revalorisation d’étangs existants mais aussi la construction de nouveaux sites.
La professeure présentera cette recherche dans le cadre des «Rencontres de l’Eau», le vendredi 6 février 2026. L’événement, organisé en partenariat avec la Maison de la Rivière et l’unité de recherche-action le ColLaboratoire de l’Université de Lausanne, se déroulera sur le site Prairie de l’HEPIA.
La recherche sur les étangs se poursuit aujourd’hui avec le projet européen Biodiversa+ «Transponder». Objectif: continuer la collecte de données à large échelle, avec des outils et une méthodologie efficace. «Nous aurons ainsi à l’avenir une encore meilleure compréhension de l’état de la biodiversité des étangs, afin d’améliorer la sensibilisation publique et politique», conclue la professeure.
Photo vignette: Réserve naturelle de Bois-Vieux à Jussy (GE). © HEPIA / A. Boissezon