
L’application Isochrones, développée à l’HEPIA en partenariat avec la RTS, permet de visualiser l’étendue des endroits accessibles depuis un point précis, dans un temps donné. Elle révèle d’importantes disparités entre les régions.
Au départ de la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève (HEPIA) à 17h, jusqu’où pouvez-vous aller en une heure? La réponse est apportée par l’application Isochrones qui cartographie l’ensemble du réseau suisse, créée sous la supervision d’Orestis Malaspinas, maître d’enseignement HES à l’HEPIA.
«L’application calcule les endroits accessibles en transports publics ou à pied dans un temps donné — 10 minutes, 20 minutes, une demi-heure, et ce jusqu’à 60 minutes —, en partant à une heure donnée.»
Le projet tire son nom de la figure géométrique consacrée. Un isochrone — du grec «isos» égal et «chronos» temps — désigne une zone représentée autour d’un point donné sur une carte. Le bord de cette aire se dessine une distance égale du centre.
L’équipe s’est appuyée sur la base de données des CFF, accessible en open data. «L’étudiant de la filière Informatique et systèmes de communication Florian Burgener avait dédié son travail de Bachelor à la transcription de ces données en un logiciel plus lisible. Avec Marc Gay-Balmaz, assistant HES, et Alexis Durgnat, collaborateur scientifique HES, nous avons développé et affiné cette base pour en faire une application évolutive et intuitive, à destination de la RTS, notre partenaire pour ce projet.»
L’équipe actualité de la RTS a publié un article sur sa page «Info», avec l’application intégrée. Face à son succès, l’application a été traduite pour la Suisse alémanique et le Tessin. Aujourd’hui, elle existe en version mobile et est encore utilisée par près de 200 personnes par jour.
L’application, créée en 2025, utilise les données fédérales et cantonales, jusqu’à certaines lignes transfrontalières «si elles sont aussi gérées par les CFF», précise le professeur, membre du groupe de recherche Data sciences, interactive systems and artificial intelligence (DASIA) de l’Institut d’ingénierie industrielle et informatique (inTECH).
L’application n’intègre pas les données des pays voisins. «Pour le moment, elle est liée au format de données utilisé par les CFF. Chaque pays utilise son propre format. Pour avoir une base de données internationale, il faudrait donc convertir les données. Les formats GTFS ou NeTEx seraient de potentielles solutions mais sont encore en développement.»
«En moyenne, un habitant d'Etoy (VD) aura une portée de 207 km2. Il s'agit du meilleur résultat pour une localité romande. À l'inverse, pour la population de Soubey (JU), l'espace accessible ne dépasse pas 24 km2», explique l’article de la RTS écrit par le journaliste Tybalt Félix.
La RTS a utilisé l’application pour analyser les disparités entre les communes. Ils constatent ainsi que Berne, Bâle et Zurich bénéficient de zones de dessertes étendues, allant largement au-delà de la circonscription de la ville. En Suisse romande, les possibilités sont plus restreintes, seul Fribourg régate avec les villes alémaniques en termes d’offre.

Comparaison de deux isochrones, au départ de Berne et au départ de Lausanne, le lundi 9 mars 2026 à 14h30. © HEPIA / Application Isochrones.
La topographie, telle que les montagnes et les lacs, entrave les déplacements, tout comme les frontières et le degré d’urbanisation.
L’offre de transport public constitue également un facteur clé. «Notre application sert aux outils de planification, comme ceux des transports publics cantonaux qui proposent des options de trajets théoriques, ajoute Orestis Malaspinas. Les résultats peuvent être utilisés pour les pouvoirs publics, notamment dans les communes peu desservies, comme un argument pour développer la mobilité.»
Le chercheur souhaiterait aujourd’hui développer l’application en ajoutant l’option de distance possible, avec une heure fixe de retour. «Cet aspect pourrait servir aux institutions publiques telles que les écoles ou les hôpitaux. Nous voulons également permettre à l’application de s’adapter en temps réel aux retards potentiels.» Le projet, en collaboration avec les Transports publics genevois (TPG) est en cours d’étude par la Fondation Modus, qui finance des solutions de mobilité durable dans le canton de Genève.
Photo vignette: Isochrone au départ de l’HEPIA, le lundi 9 mars 2026 à 17h. © HEPIA / Application Isochrones.