Journée scientifique du CERIP "Vieillir en lienS" : synthèse et perspectives
Réunissant près de 180 participant·es, parmi lesquels des professionnel·les des domaines de la psychomotricité, de la santé, du social et de l’enseignement, des intervenant·es suisses et internationaux et des étudiant·es en formation de psychomotricité, cette journée a permis de mettre en lumière les enjeux contemporains liés au vieillissement et à l’accompagnement des personnes âgées. En préambule, le médecin cantonal, M. Alessandro Cassini, a notamment souligné l’enjeu du vieillissement de la population. À l’horizon 2040, un quart de la population sera âgé de 65 ans ou plus, rendant indispensable le renforcement de la promotion de la santé auprès des seniors, tant pour répondre aux enjeux sociaux que pour anticiper les impacts économiques du vieillissement.
Une approche globale et interdisciplinaire du vieillissement
Au croisement des apports scientifiques (issus de la recherche), cliniques (issus des pratiques professionnelles) et d’ateliers expérientiels (fondés sur l’expérience vécue et les mises en situation), les échanges ont mis en évidence la nécessité d’appréhender le vieillissement dans toute sa complexité.
Les discussions ont notamment permis d’articuler les dimensions corporelle (motricité, posture, sensorialité), cognitive (attention, mémoire, adaptation), émotionnelle (peur, sécurité, confiance), sociale (lien, participation) et environnementale (adaptation des lieux de vie). Cette approche intégrative a contribué à réaffirmer une vision globale de la personne âgée, centrée sur la dignité, les ressources et le maintien du lien social.
Des apports scientifiques ancrés dans la pratique
Les conférences, ont permis de relier les connaissances scientifiques les plus récentes aux réalités du terrain. Plusieurs interventions ont notamment mis en évidence la plasticité cérébrale tout au long de la vie, ouvrant des perspectives concrètes pour soutenir les capacités d’adaptation des personnes âgées. De plus, il apparaît qu’un accompagnement de qualité implique de prendre en compte le rôle de l’environnement, tout en favorisant le lien social, l’autonomie et la liberté des personnes. L’étude portant sur la psychomotricité et la pratique musicale a montré les effets prometteurs de stratégies non médicamenteuses, notamment dans la prévention du déclin cognitif et de l’évolution vers la démence.
Des ateliers au cœur de l’expérience
Les ateliers ont constitué un espace central d’appropriation, favorisant le croisement des regards entre les disciplines du social et de la santé et permettant aux participant·es d’expérimenter les effets du vieillissement, de mieux comprendre les modalités d’accompagnement, d’identifier des leviers d’autonomie et de sécurité, ainsi que d’explorer des approches corporelles et interdisciplinaires. Ces expériences immersives ont soutenu une compréhension incarnée des enjeux du vieillissement et une réflexion approfondie sur les postures professionnelles.
La prévention des chutes : un enjeu transversal
La thématique de la chute a constitué un fil rouge central de la journée. Les apports ont permis de mieux comprendre les mécanismes en jeu, en particulier le rôle de la peur de tomber. Le regard psychomoteur est venu pointer l’articulation entre les composantes corporelles, cognitives et émotionnelles qui participent à l’adaptation posturale et au risque de chute, illustrant ainsi le caractère transversal de cette problématique.
Ces éléments appuient la prise de conscience de l’urgence du développement de stratégies de prévention globales, combinant des interventions corporelles, une adaptation de l’environnement et un accompagnement émotionnel.
Diffusion des savoirs et mise en réseau
La journée a également été marquée par la présentation de posters issus de travaux de Master en psychomotricité, portant sur la thématique du vieillissement, et la présence de stands (Association Psychomotricité suisse, Éditions IES, Éditions Hogrefe). Ces espaces ont contribué à la diffusion des connaissances et au renforcement des liens entre recherche, formation et terrain.
Vers une psychomotricité intégrée aux politiques publiques
La table ronde de clôture a ouvert des perspectives autour de la reconnaissance de la psychomotricité dans les dispositifs de santé publique, malgré les freins actuels liés à son financement et à son absence institutionnelle. Les échanges ont mis en évidence : l’importance d’une meilleure communication et la sensibilisation des partenaires de terrain et des personnes âgées à la pertinence des interventions psychomotrices, le développement de projets interdisciplinaires et le renforcement des liens entre terrain, recherche et formation. Dans ce cadre, les représentant·es d’institutions sociales genevoises ont exprimé leur volonté de développer des collaborations inscrites dans des temporalités réalistes et ajustées aux besoins des personnes accompagnées.
Conclusion et perspectives
Le bilan de cette édition 2026 est encourageant et constitue un point de départ pour le CERIP dans le développement de partenariats de terrain à visée pédagogique et scientifique auprès des personnes âgées. Cette journée a permis de réaffirmer le rôle central du corps et du mouvement dans une approche du vieillissement centrée sur les ressources, l’autonomie, la participation et la qualité de vie.
Un axe fort de la journée a été la nécessité de co‑construction avec les bénéficiaires. La sollicitation d’associations de seniors et la volonté d’organiser des échanges post‑journée témoignent d’une orientation claire : développer des projets avec les personnes concernées, et non uniquement pour elles. Cette démarche participative vise à mieux identifier les besoins, ajuster les pratiques et construire des partenariats durables.