Est-ce que tu pourrais te présenter pour celles et ceux qui ne te connaitraient pas encore ?
Je suis professeure associée au sein de la filière Nutrition et diététique de la HEdS-Genève et mes projets de recherche portent principalement sur l’image corporelle.
J’ai d’abord obtenu une licence en psychologie à l’Université de Genève (équivalent Master aujourd’hui). Mon parcours s’est construit entre deux mondes : celui de la clinique et celui de la recherche. J’ai d’abord effectué un stage aux HUG dans le service de psychiatrie de liaison, auprès de patient-es souffrant de troubles des conduites alimentaires. Et en parallèle, j’étais assistante à l’Université de Genève au sein d’une équipe de recherche.
Par la suite, j’ai été engagée aux HUG pour travailler sur un projet de recherche visant à développer un auto-traitement en ligne, pour la prise en charge de la boulimie. C’était le début des années 2000, les milieux scientifiques et la communauté étaient sceptiques face à l’utilisation des technologies numériques - visionnaire pour l’époque. Cependant, ces recherches se sont poursuivies et cet auto-traitement a pu être adapté à l’ensemble des troubles alimentaires de type compulsif, puis traduit en plusieurs langues et utilisé dans d’autres pays.
A force de travailler sur différents projets de recherche mais toujours dans la même thématique, j’ai décidé d’entreprendre un doctorat afin de rassembler toutes les données récoltées. J’avais eu la chance de constituer un réseau solide, le travail de synthèse s’est avéré riche et passionnant. Après l’obtention de mon doctorat, mon intérêt pour la recherche s’était renforcé, alors que jusque-là mon cœur balançait entre clinique et recherche.
On m’a alors proposé un poste de collaboratrice scientifique au sein de la filière Nutrition & diététique de la HEdS-Genève. J’ai sauté sur l’occasion. En parallèle, j’ai continué la pratique clinique en cabinet durant quelques années et finalement, j’ai obtenu un poste de professeure à la HEdS-Genève et m’y suis consacrée entièrement.
Aujourd’hui, ma ligne de recherche s’est réorientée vers la prévention des problématiques alimentaires, en ciblant plus spécifiquement l’image corporelle. La thématique peut paraitre superficielle à certains, mais je suis convaincue de son importance en tant qu’enjeu de santé publique. Promouvoir la littéracie et ouvrir le débat sur ces questions me semble essentiel dans notre société.
Qu’est-ce qui t’a décidé à orienter ta carrière dans la recherche ?
Ma formation initiale de psychologue n’était pas vraiment orientée Recherche. Ce sont les projets auxquels j’ai eu la chance de participer qui m’ont permis de la découvrir concrètement. Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir saisir des opportunités qui se sont présentées.
Qu’est-ce qui te plait le plus dans la recherche ?
Ce que j’apprécie le plus c’est l’analyse des données, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives. C’est à ce moment-là qu’on détermine si les hypothèses qu’on avait formulées au début du projet se vérifient ou pas, si les mesures étaient les bonnes et surtout cela ouvre de nouvelles perspectives.
Quels sont tes objectifs à moyen et long terme ?
Je viens d’obtenir deux financements importants pour des projets de recherche donc je suis partie pour trois à quatre ans d’investigation. Les deux portent sur l’image corporelle : l’un adopte une approche interventionnelle, l’autre est davantage observationnel, avec une envergure nationale.
A plus long terme, j’aurais envie de me consacrer à la diffusion des résultats auprès du grand public. L’image corporelle représente un enjeu de santé publique important et il me semble essentiel de rendre ces connaissances accessibles au-delà du monde académique.
Quels conseils donnerais-tu à une future chercheuse ou un futur chercheur ?
La recherche est dans une période difficile en termes de financement, réduisant les possibilités de se projeter. Il est important de déterminer une ligne de recherche qui nous soit propre, en même temps il faut aussi savoir saisir les occasions qui peuvent nous éloigner de cette direction qu’on aimerait garder. C’est un équilibre délicat. Pour moi, les témoignages qui m’ont le plus encouragée ont été ceux de grand-es chercheur-euses que j’admire qui racontent honnêtement que même si leur carrière peut sembler évidente, le chemin a été semé d’embûches et parfois compliqué, mais aussi passionnant et gratifiant.