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Se protéger du Rhône avec des plantes
Publié le 6 février 2026Deux chercheurs de l'HEPIA ont dressé un inventaire des végétaux utiles à la correction du Rhône, notamment pour la création de digues dans le Chablais. Ils présentent leurs résultats aux «Rencontres de l’Eau».
Le Rhône menace de déborder. Plus de 1'300 hectares sont aujourd’hui menacés par ses crues dans la région du Chablais. Les dégâts potentiels estimés s’élèvent à deux milliards de francs. En mai 2025, le Conseil fédéral a approuvé un crédit financier pour des travaux de protection contre les crues dans le Chablais et à l’embouchure du Rhône.
Objectif prioritaire: protéger la plaine, ses habitant·e·s et ses infrastructures contre les inondations. Les travaux accorderont plus d’espace au Rhône, permettant en outre le réaménagement d'espaces favorables à la détente, à la mobilité douce et à la biodiversité.
Ces travaux peuvent être entrepris avec du génie végétal, comme le propose Pierre-André Frossard, professeur HES associé à la Haute école du paysage, d'ingénierie et d'architecture de Genève (HEPIA). «Le génie biologique vise à utiliser le plein potentiel des traits biotechniques et écologiques des végétaux. Ces techniques ancestrales, redécouvertes et adaptées à la fin du 20e siècle, sont utilisées pour la stabilisation de talus, la végétalisation de sites dégradés ou la restauration de milieux naturels. En Suisse, son application principale reste néanmoins l’aménagement et la gestion des cours d’eau.»
Dans ce cadre, le professeur et Laurent Huber, adjoint scientifique HES, ont été mandatés par la Direction générale de l’environnement (DGE) du Canton de Vaud pour établir un inventaire des ressources de la région.
Leur mission: établir une liste claire du matériel végétal sauvage disponible et des potentiels sites de prélèvement, dans la zone du Chablais vaudois — une contrainte géographique de taille, puisque le territoire est déjà fortement aménagé et les milieux naturels restants relativement rares.
Autre exemple de critère: l’accessibilité en véhicules motorisés pour garantir les récoltes de végétaux. «L’intention finale est d’établir s’il existe, au niveau régional, un volume suffisamment important de matériel végétal de différentes essences permettant les travaux, ou si nous devons en importer.»
Patrimoine génétique local
Rester local présente des avantages économiques mais aussi une meilleure réponse du milieu. «Le patrimoine génétique des plantes diffère selon les régions. En gardant une cohérence géographique avec des écotypes régionaux, nous améliorons le succès de la renaturation», précise Pierre-André Frossard.
Sur le terrain depuis l’été 2025 avec Luce Renevey et Martino Balestra, assistant·e·s de recherche de l'Institut Terre Nature et Paysage, les deux spécialistes du groupe Écologie végétale appliquée à l'aménagement et la conservation (EVA) ont orienté leurs investigations sur quatre catégories majeures de plantes indigènes.
- Les saules
Ces essences sont capables de reproduction végétative et d’une croissance rapide. «Leur capacité de régénération est surprenante, complète le professeur. Ils peuvent résister à des contraintes physiques fortes, tout en restant souples et résistants face au courant, des avantages comparatifs considérables en génie végétal.»
- Les hélophytes
Plantes semi-aquatiques telles que les laîches ou les joncs, les hélophytes sont prélevables sous forme de mottes. Elles sont utilisées pour restaurer des zones humides ou intégrées dans des ouvrages permettant de stabiliser des pieds de berge.
- Les herbacées
Les semences de plantes herbacées sont récupérées dans les prairies de fauche riches en espèces, afin de reconstituer des milieux prairiaux de qualité, d’origine régionale.
- Plants forestiers arbustifs et arborés
Le prélèvement en milieu forestier étant interdit par la loi, il s’agit ici de vérifier dans quelle mesure les pépinières forestières régionales sont en mesure de fournir du matériel de qualité, en quantité suffisante.
Les zones à réaménager mesurent chacune plus de 30 hectares. «Face à l’envergure du chantier, il est probable qu’il faille, en tout cas pour les saules et autres ligneux, faire appel à des pépinières externes», ajoute Laurent Huber.
Les deux chercheurs ont en outre listé toutes les demandes d’autorisation à prévoir, notamment dans les cas où les ressources végétales se situent sur des propriétés privées. Les travaux débuteront fin 2026 et se poursuivront en tout cas jusqu’en 2030.
Laurent Huber et Pierre-André Frossard présenteront les résultats de leur travail dans le cadre des «Rencontres de l’Eau», le vendredi 6 février 2026. Pour sa 14e édition, l’événement, coorganisé en partenariat avec la Maison de la Rivière et l’unité de recherche-action le ColLaboratoire de l’Université de Lausanne, se déroulera sur le site Prairie de l’HEPIA.