Rencontre avec une chercheuse HEdS : Mélanie Pinon

Publié le 08 juin 2026

Spécialiste des questions de prise en soin des populations issues de la grande précarité, la Professeure Mélanie Pinon a construit sa carrière de chercheuse à la croisée de la santé et du social. Animée par la volonté de faire évoluer les pratiques, elle fait de ses sujets d’étude de véritables outils d’action. À travers cette interview, elle nous partage une vision de la recherche humaine, engagée et profondément ancrée dans les réalités des terrains.

Est-ce que tu pourrais te présenter pour celles et ceux qui ne te connaitraient pas encore ?

Je suis professeure, spécialiste de la prise en soin des personnes en grande précarité et en situation de sans-abrisme pour la filière Soins infirmiers de la HEdS-Genève. J’ai obtenu mon Bachelor en Soins infirmiers en 2013, puis j’ai travaillé en pédopsychiatrie aux HUG. Très rapidement, j’ai été confrontée au clivage entre les sphères de la santé et du social. Aujourd’hui, la collaboration interprofessionnelle est au cœur de nos pratiques, mais il y a une quinzaine d’années, ces enjeux étaient encore peu documentés.

Peu de temps après, j’ai été engagée en tant qu’assistante à la HEdS-Genève, ce qui m’a permis de démarrer ma spécialisation en psychiatrie clinique et santé mentale. Puis, j’ai entrepris un Master en Travail social – avec l’envie de développer une double compétence santé et social. Pendant mon master, cette double casquette m’a permis d’être sollicitée par la Ville de Genève afin de répondre à un manque de soignant-es dans les hébergements d’urgence. J’y ai alors créé une consultation de soins en santé communautaire destinée aux personnes sans-abri afin de favoriser l’accès aux soins de ladite population.

En 2018, je suis devenue coordinatrice des soins pour les hébergements d’urgence. J’ai développé un véritable intérêt pour les enjeux liés à la grande précarité.

En parallèle, je suis devenue collaboratrice scientifique, puis adjointe scientifique pour la HEdS-Genève. Le manque de documentation sur la santé et les situations des personnes sans-abri m’a amenée à entreprendre un doctorat en Sciences sociales et politiques auprès de l’Université de Lausanne. Mon objectif était de produire des connaissances utiles, à la fois pour les bénéficiaires et pour les professionnel-les de terrain, que ce soit dans le cadre des enseignements en Soins infirmiers mais également pour tout type de professionnel-les engagé-es dans les questions sociosanitaires.

Aujourd’hui, j’ai obtenu mon doctorat, j’occupe un poste de professeure, mais je tiens toutefois à garder une activité de terrain à côté de mes recherches. C’est essentiel pour moi de garder un ancrage dans les réalités vécues. Je suis également consultante pour les questions nationales de pauvreté à Berne.

Qu’est-ce qui t’a décidé à orienter ta carrière dans la recherche ?

J’ai toujours été animée par le désir de mieux comprendre certaines réalités humaines qui me questionnent profondément. C’est ce qui m’a conduite à explorer des thématiques parfois méconnues, sensibles ou difficiles à appréhender, comme le déficit d’empathie, le suicide chez l’enfant ou le sans-abrisme. J’aime m’aventurer sur ces terrains de recherche exigeants, là où subsistent encore des zones d’ombre et de nombreuses pistes à explorer.

Qu’est-ce qui te plait le plus dans la recherche ?

Ce que j’apprécie avant tout, ce sont les liens avec le terrain. J’aime que la recherche puisse apporter des réponses concrètes.

J’ai également beaucoup de plaisir à travailler en collaboration avec un tas d’actrices et d’acteurs différents (politicien-nes, chercheur-euses, travailleur-euses social, soignant-es, etc).

Quels sont tes objectifs à moyen et long terme ?

Ma nomination en tant que professeure assistante est récente, et de nombreux projets sont en cours de développement. Ma priorité est de poursuivre mes recherches sur le sans-abrisme et la grande précarité tout en conservant un lien étroit avec le terrain.

A plus long terme, j’aimerais amener des modifications concrètes dans les politiques sociales. Et surtout, à moyen terme, créer un observatoire de la grande précarité et du sans-abrisme conjointement avec la HETS et les partenaires de l’urgence sociale à Genève.

Quels conseils donnerais-tu à une future chercheuse ou un futur chercheur ?

Il me semble essentiel d’aligner ses choix de recherche avec ses valeurs et de persévérer malgré les obstacles. C’est un milieu exigeant qui demande de l’engagement et de la conviction. Aimer ce que l’on fait est fondamental pour avancer. Savoir s’entourer fait toute la différence — dans la recherche comme ailleurs.


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