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Avant-propos – Pour mémoire
Jean-Pierre Greff s’est particulièrement investi au sein de l’espace franco-suisse dans l’élaboration pédagogique et politique du mémoire en école d’art et de design. Il revient au long de cette interview sur cette formalisation, qui date d’une vingtaine d’années, et sur les convictions qui l’ont amené à penser le lien d’interdépendance ouvert entre théorie et pratique qui guide la réalisation des mémoires à la HEAD – Genève. -
Introduction – Le mémoire, une formation intellectuelle et sensible
Chaque année, les mémoires de Master produits à la HEAD témoignent d’une grande richesse thématique, méthodologique et formelle. Comme le rappellent Lysianne Léchot Hirt et Anthony Masure, respectivement responsable de la coordination de l’enseignement et responsable de la recherche à la HEAD – Genève, ces travaux de fin d’étude s’inscrivent pourtant dans un cadre pédagogique clairement défini, qui consiste à permettre non seulement aux étudiant·e·s de contextualiser leur pratique, mais aussi de leur ouvrir les portes de la recherche, de l’enseignement ou encore de pratiques artistiques hybrides. La pertinence des hypothèses et la mise en place d’une méthodologie propre aux champs de l’art et du design constituent les critères majeurs de la réussite de l’exercice.
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Pourquoi
Pourquoi, est un essai sur la position de l’auteur dans une forme collective de cinéma. Il articule : analyses de films, récits d’expériences, descriptions de dispositifs. Il accompagne et questionne une recherche-action dont il rend aussi compte. Ce montage de textes tente de répondre à une série de questions : comment faire du cinéma avec des enfants ? Comment interagir avec eux, leurs parents et l’environnement pour en faire toute une histoire ? Comment en tant qu’auteur donner la parole à des amateurs qui jouent leurs propres rôles ? Comment les laisser transformer le projet de départ ? Comment se départir de l’autorité, collaborer et faire œuvre collective ? La préface est signée par Claude-Hubert Tatot, tuteur de Greg Clément pour ce mémoire de master en Arts visuels, orientation TRANS – Art, éducation, engagement. -
To Destroy a World
Dans son mémoire de master réalisé dans le cadre du CCC en 2019, Laila A. Torres Mendieta utilise la performativité de la théorie fiction pour créer ce qu'elle appelle des « fissures » dans le modèle hérité du colonialisme en terme de rapport de classes, de genres et de races, à partir de l’exemple de son Mexique natal. S’il fait émerger des récits non-occidentaux et habités d’une sensibilité féministe intersectionnelle, son travail d’écriture critique consiste plus généralement à activer des univers contrefactuels. Le genre horrifique y joue un rôle essentiel pour les paradoxes qu’il ouvre en terme de discontinuité de dimensions et de temps, aussi bien le temps que nous vivons que les futurités construites par la science-fiction. Le mémoire est introduit par une interview avec l'autrice, de même que le texte des Actes de recherche publié par le CCC. -
Rano Rano, Naming, Listening to, Refusing the Coloniality of the Exhibitionary Complex
Le travail de recherche de Léa Genoud, réalisé en 2019 dans le cadre du CCC – Programme master de recherche, s’engage dans une réflexion sur la colonialité du musée, produit de l'histoire impérialiste occidentale, et plus particulièrement sur le format spécifique de l'exposition. Son approche face à cette question largement débattue aujourd'hui consiste à s'attaquer, à travers différentes perspectives théoriques et artistiques inspirés du champ postcolonial, décolonial et des Black Studies, au principe de non-questionnement de l'histoire hégémonique de cette institution et surtout à l'articulation de ses technologies du regard (gaze), de la photographie ethnographique à la performance contemporaine.
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Love is what you want
À travers un montage de textes, d’interviews d’artistes, d’auteurs, d’autrices, Diane Rivoire trace des liens entre l’art, l’amour et l’amitié, l’amour de l’art et l’amitié au travail. Certains passages sont empruntés et subtilement réactualisés, d’autres sont des écrits personnels inspirés d’expériences vécues. Les conversations dans lesquelles elle s’engage, chapitre après chapitre, sont à l’opposé de l’image de passivité que l’on associe conventionnellement à la posture de celle qui admire. Et ce panorama de figures bavardes et aimées, de près ou de loin, constitue le point de départ d’un processus de production de soi en tant qu’artiste, une véritable leçon d’appropriation. Son mémoire soutenu en 2020 est introduit par sa tutrice Jill Gasparina. -
Clara, Chuck et les autres
Laura Spozio propose une version remaniée de son mémoire de master en Arts visuels de 2019 pour cette parution en ligne. Les lecteur·trice·s ont le choix entre deux entrées qui ne sont pas pensées de manière linéaire. Un premier récit, à caractère littéraire, est composé à partir d’une collecte d’anecdotes issues de l’éthologie, des sciences humaines, de la philosophie, et des sciences de la communication. Un second, de type analytique, revient sur la qualité de certains chercheurs en éthologie cognitive, qui réside dans l’utilisation complémentaire de différentes méthodes d’observation et d’expérimentation. Par cette perspective en miroir, l’autrice cherche à réhabiliter le récit anecdotique dans les sciences et à adopter à partir d’eux un point de vue pragmatique pour comprendre les relations interespèces. Laura Spozio est également l’autrice de l’introduction.
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N'importe quoi mais pas ça
Le mémoire en Arts visuels de Johana Blanc, réalisé en 2020 dans le cadre du Work.Master, collecte une série jugements péremptoires que parsèment certain·e·s artistes, critiques et autres figures d’autorités du monde de l’art dans leurs propos sur leur discipline. Ces discours qui bannissent des pratiques se télescopent avec l’atomisation du champ de l’art au XXème siècle qui n’a cessé d’inclure de nouvelles formes selon le principe que tout serait potentiellement art. Avec un sens marqué de la dérision, Johana Blanc navigue entre ces injonctions paradoxales pour une étudiante en art et esquisse une position personnelle ancrée dans la pratique. Son mémoire est introduit par un texte de son tuteur David Zerbib. -
Sustainability Revisited
Dans son mémoire de Master en Design Mode et accessoires, Tara Mabiala aborde la question de la durabilité dans la mode à travers une approche affective et politique. Au lieu de se concentrer sur une optimisation des modes de production et des matières premières, l'auteure s'intéresse à l'autre aspect de l'équation, celui de notre relation à nos vêtements. Partant de l'idée que la durabilité implique une notion de soin de notre environnement, mais aussi de nous-mêmes, elle s'engage dans une réflexion sur la notion de “self-care” qu'elle confronte à plusieurs cas d'études comme les tenues des activistes noires du mouvements des droits civiques ou celles des punks, considéré comme vêtements où la singularité rencontre le collectif. Sa recherche est ici présentée sous la forme d'une interview menée par Aude Fellay, responsable de la théorie au Département Mode, et un mood board qui rassemble les hypothèses du mémoire.
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Earth( e)scape. The Raising of Chicago
L’optimisme technologique qui marqua le XIXème et le développement de la théorie des miasmes à cette période créèrent ensemble un contexte propice à l’élaboration du Raising of Chicago, un colossal projet de sauvetage de la ville par son rehaussement. Jozef Eduard Masarik en propose une étude basée sur l’imaginaire et la cosmologie de l'époque, dont il passe les composantes en revue pour mieux envisager les intentions et aspirations qui menèrent à ce rehaussement de Chicago. Il ouvre ainsi la voie à une réflexion sur la rapport de la ville à la Terre, et inversement.
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Face à face
En 1935, pendant le colonialisme français au Maghreb, le réalisateur franco-britannique Edmond Thonger Gréville termine son film Princesse Tam Tam. Joséphine Baker y incarne le personnage d’Aouïna, une jeune femme tunisienne pauvre. Max de Mirecourt, un écrivain français, ennuyé par la vie parisienne qu’il partage avec sa femme Lucie, s’installe en Tunisie. Il rencontre Aouïna, et une relation ambiguë s’instaure entre les deux protagonistes. Max, dans le rôle du colonisateur, la choisit comme héroïne de son futur roman. Aouïna joue un double rôle : celui de colonisée et celui de princesse d’Afrique lointaine. Face à Face, le mémoire de Master en Espace et communication d'Amandine Lécuyer, est basé sur l’étude comparative des rythmes synchronisés et syncopés des danseuses de Princesse Tam Tam. Les danses révèlent une dimension politique incarnée dans les mouvements des danseuses synchronisées et d’Aouïna : de l’exploitation et de la représentation androcentrée du corps féminin au colonialisme et à la hiérarchisation. Le mémoire est introduit par une interview avec son autrice.
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Shot on auto mode
Pour la plupart d’entre nous de nos jours, prendre une photo consiste le plus souvent à toucher l’écran d’un smartphone pour déclencher toute une série d’opérations qui débouchent sur une image prête à circuler sur les réseaux. La prise de vue, le recadrage, et la retouche elle-même sont effectués automatiquement par de multiples processus qui nous échappent, et qui mobilisent les ressources complexes de cet ordinateur de poche que sont devenus les téléphones. Au travers d’un catalogue d’une exposition imaginaire, le mémoire de Tammara Leites aborde la place croissante jouée par les techniques numériques d’automatisation dans les usages populaires de la photographie. En combinant un point de vue historique à la sélection d’une série de projets d’artistes qui explorent cette dimension vernaculaire de la photo, son autrice interroge les manières dont cette délégation aux fonctionnalités automatique a configuré les usages et les contenus. -
Converser à l'ère de l'autocomplétion
Ce mémoire en Media Design de Mathilde Buénerd soutenu en 2019 analyse l'outil omniprésent de l'autocomplétion qui nous assiste dans l'écriture de nos textos quotidiens ou dans le remplissage de formulaires en ligne. À partir d'une réflexion sur la normalisation du langage que cette assistance a tendance à provoquer, l'auteure s'engage dans une critique de principes totems du design que sont l'utilisabilité, la technologie calme et le design invisible. Dans un souci de rendre l'usager davantage conscient des outils qui lui sont soumis, elle suggère le concept de technologie pimentée et des applications de ce principe qui passent notamment par une collaboration à la fois plus flexible ou plus étroite avec la machine. -
Arabic letter-forms in motion
Ce mémoire de Master Media Design soutenu en 2020 est consacré à la question des formes en mouvement de la typographie arabe. Il offre une excellente entrée en matière sur ce sujet que François Harik aborde sous l’angle de la technologie, en montrant qu’il ne peut toutefois pas être dissocié d’enjeux politiques et culturels. La partie introductive ouvre sur un état de l’art très documenté qui montre que les sources de la typographie arabe dans l’écriture manuscrite, l’espace de référence fixé pour et dans les langues d’Europe occidentale, les procédés d’harmonisation et de standardisation des systèmes d’écriture constituent autant d’enjeux fondamentaux dans le contexte numérique. François Harik rappelle ensuite quelles pistes de réflexion et de recherche sur ces enjeux sont ouvertes actuellement par des designers : rupture avec les codes de la typographie afin d’utiliser à plein le potentiel graphique de la technologie ou recours à l’interprétation de lignes directrices de la calligraphie arabe à partir des sources par exemple. La préface du mémoire est rédigée par Daniel Sciboz, chargé de cours et tuteur en Media Design.