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De l'esthétique du cloud aux circuits et assemblages alternatifs
De la métaphore fondatrice du nuage (cloud) aux boutons verts en passant par l’émoji bleu du pouce levé, nos interactions numériques incarnent, à l’instar des discours dominants sur le sujet, un programme capitaliste bien précis : celui d’un fétichisme de la marchandise technologique que l’on se contente de consommer puis de mettre au rebut sans comprendre son fonctionnement. Par ailleurs, ces interfaces et métaphores cachent les assemblages humains, matériels et environnementaux complexes qui, au fondement-même de nos processus numériques, les pilotent et les optimisent. À partir de ce constat, l'article s'adresse aux artistes et aux concepteur·rices d'interaction désireux·euses de s'engager de manière critique dans la technologie et ses « boîtes noires » ; il souligne l'importance d’un rapprochement du design, des sciences sociales et du travail ethnographique de terrain et, dans cette optique, postule que les designers peuvent, d’abord, mieux comprendre le cycle de vie et les infrastructures de nos objets électroniques puis, ensuite, créer des artefacts pour critiquer ou nuancer ces récits et croyances dominants autour de « l’immatérialité » numérique.
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Le milieu, c’est le message.
Il existe aujourd'hui un plan où la bataille des images fait rage, un plan infra-iconique où se détermine largement le sort des images et de celles et ceux qui les regardent, mais aussi des choses qui les regardent, entités non humaines de vision artificielle. Il s’agit du plan des infrastructures technologiques computationnelles et des normes qui déterminent leur fonctionnement ; celui du codage de la réalité en information, de la numérisation et du stockage des données. C’est dans le lieu de la technique, lieu double de l’infrastructure matérielle et du code informatique, que se joue le sort de nos libertés et de nos imaginaires, et celui des images avec eux.
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AIAIA Sweatshop
L'exposition AIAIA Sweatshop (qui s'est tenue du 17 mai au 21 juin 2024 à l'artist-run space àDuplex, à Genève) a exploré par les moyens de l'art, derrière les résonances médiatiques de l'acronyme IA/AI, certains paradoxes des dimensions matérielles de l'intelligence artificielle. En une série de "salles", étaient mis en situation et en question ses rapports à l'histoire, aux machines, au corps, aux identités et à la technopolitique, loin des images éthérées, fascinantes ou effrayantes, d'une nouvelle puissance technologique autant immatérielle qu'inexorable. Cette exposition est née d'une collaboration entre le séminaire d'Humanités numériques de Béatrice Joyeux-Prunel à l'Université de Genève et du séminaire de Work.Master de David Zerbib à la HEAD.
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Si (1-bit computer)
Le projet Si (1-bit computer) réalisé par Raphaëlle Kerbrat dans le cadre de sa thèse « Le poids des données, paradoxes matériels et sensibles du numérique » à l’École des Arts Décoratifs de Paris, propose de rendre sensible l’empreinte physique d’un processus computationnel. Il repose sur la décomposition physique d’un système binaire et s’appuie sur la manipulation du silicium, un matériau semi-conducteur utilisé pour la fabrication des transistors, base de l’électronique numérique. Le dispositif opère par agrandissement d’échelles physiques et temporelles, en étirant une opération logique sur plusieurs secondes et en amplifiant la taille initiale des composants. La matière est un élément central de ce projet, qui dévoile le fonctionnement de nos appareils numériques d’une manière à la fois archaïque et poétique.
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Kasiterit
Un tiers de l'approvisionnement mondial en étain provient d'extractions sur l'île de Bangka en Indonésie. Il s’agit du minerai le plus concerné par les développements technologiques à venir, notamment ceux de l'intelligence artificielle et des énergies renouvelables. Natascha est une IA solaire qui, dans le court-métrage de Riar Rizaldi Kasiterit, retrace sa généalogie et la vérité de son origine, de la liquidité du capital à la dynamique du travail. Avec sa voix féminisée – comme l’est souvent celle des assistant·es vocaux·ales produit·es par des entreprises technologiques à partir de l’IA –, Natasha raconte l'émergence de l'étain sur l'île de Bangka ainsi que sa propre existence à iel, du point de vue de l'anthropologie tropicale de la nature, de la théorie de la valeur, de la philosophie du temps, des mutations génétiques, de la géopolitique et de l'automatisation. Kasiterit peut être visionné sur le site web d'Issue de la mi-juillet à la mi-août 2024, accompagné d'un extrait de la recherche doctorale de Riar Rizaldi.
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Un socle pour les systèmes numériques
Réalisée en collaboration avec Victor Galvão, qui en a également créé le son, cette vidéo de Mabe Bethônico découle d’un article de Lee Mackinnon intitulé « Technologies of Romance: Mineralogy: a digital account », publié dans le Science Museum Group Journal en 2019 et reconstruit pour l’occasion à l'aide de la technique du cut-up. Difficilement saisissables, ses parties textuelles se rapportent rythmiquement à l'environnement de travail des sites d'extraction d'où proviennent les principaux minéraux utilisés dans nos appareils électroniques ainsi qu'aux grandes surfaces de vente spécialisées dans ce domaine. Mabe Bethônico en a filmé les images à Minas Gerais et en Suisse, mais la vidéo comprend également du contenu provenant de son projet « Museum of Public Concerns », une archive visuelle compilée à partir de multiples sources, avec la participation de différent·es contributeur·rices. Les documents en questions comprennent notamment un rapport des services d’incendie sur la catastrophe de Brumadinho ; des images produites par des membres de la communauté Maxakali du Minas Gerais ; ou encore de photos prises par des inspecteur·rices du ministère brésilien du travail et de l'emploi. Le récit invite à réfléchir aux ramifications environnementales et sociales des dépendances technologiques et rappelle ainsi les coûts d’une innovation toujours plus axée sur le pratique.
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Apprendre avec les déchets
Cette contribution envisage le numérique par le prisme du rebut et de ses potentialités. Elle repose sur un cas d’étude issu d’une enquête ethnographique que Bloch mène avec Thibault Le Page et Nicolas Nova depuis 2022 à la HEAD – Genève (HES-SO). Elle a notamment pour but de rendre visible différentes formes de réappropriation et de transformation qu’il est possible d’effectuer avec des éléments provenant des équipements numériques tels que les smartphones, ordinateurs, écouteurs, objets connectés etc., ou avec leurs composants.
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The Future is Unmanned
Pourquoi le futur se rêve tracé, quadrillé et en pilotage automatique par la culture de la haute-technologie ? Comment la technologie parvient-elle à se présenter comme un marqueur de civilisation affirmant la suprématie de certains corps sur d’autres corps, et à renforcer un ordre symbolique et social qui sépare et immunise l’être humain des déchets, gremlins, aliens, inhumain·exs et autres corps indésirables de « l’humain civilisé » ? Ces 40 dernières années, des voix se sont élevées pour remettre en question le grand récit de la technologie occidentale. Ces voix demandent : qui compte comme agent de la technologie, comme agent humain, et conséquemment comme agent du futur ? C’est à partir de ces zones de contestations, dont il nous faut remarquer le retour aujourd’hui, que cet article cherche à décrypter le rêve d’une technogouvernance safe, propre, objective et rationnelle, qui se révèle antiterreste, excrémentale, aberrante et sexuellement agressive.