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Regard avec le monde
Dans son récent film Follow the Water (2022), Pauline Julier s’est intéressée au désert d’Atacama au Chili. Ce territoire, le plus sec de notre planète, héberge d’énormes mines de lithium, un métal nécessaire aux batteries électriques. Il est aussi un terrain d’exploration pour les scientifiques de la NASA qui y trouvent un analogue de sol martien. Par l’usage de plusieurs écrans, l’artiste mêle les perspectives et tente de décrire les relations entre les différents éléments propres à ce lieu, reliés entre eux par la question de l’eau. Dans cette Talking Head, elle revient sur quelques-unes de ses productions audiovisuelles marquées par la question environnementale et le désir d’esquisser de nouveaux imaginaires reconnectés au monde. Selon elle, les récits dominants des médias et des blockbusters reflètent une réalité factice en racontant des histoires hors du monde : des récits climatisés.
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Comment le climat transforme la mode?
Marque connue pour ses chaussures confortables aux couleurs vives et au design ludique, Camper est aussi très investie dans la durabilité de ses produits. Dès l’origine, l’entreprise fondée en 1975 à Majorque, a employé des chutes de cuir ou de caoutchouc de pneus. Invitée de cette Talking Head, Cecilia Llorens, directrice de production chez Camper, explique comment la marque poursuit cette politique de réduction de l’impact environnemental de ses chaussures par des modèles monomatériaux, l’usage de ressources certifiées ou recyclées, et même l’introduction de matières compostables. En parallèle, Camper cherche à augmenter la durée de vie de ses produits et prône une communication à contre-courant avec le slogan : « Si vous n'en avez pas besoin, ne l’achetez pas ».
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Numérisation et crise environnementale
Il y a près de vingt ans, des organisations aussi diverses que le WWF ou le Forum économique mondial de Davos faisaient la promotion du numérique comme solution pour régler la crise climatique. Cet optimisme technologique s’est nuancé ces dernières années en raison de la prise de conscience de l’impact environnemental du secteur. Dans cette conférence, Gauthier Roussilhe, chercheur et consultant spécialisé dans les enjeux environnementaux de la numérisation, présente un état des lieux des apports positifs et négatifs du numérique. Formé en tant que designer, il s’appuie non seulement sur des études scientifiques mais aussi sur des créations qui matérialisent l’empreinte carbone du numérique.
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No Emission No Exploitation
Les curatrices Yasmin Afschar et Elise Lammer sont à l’origine du manifeste No Emission No Exploitation qui vise à inscrire dans la production d’art et d’exposition une approche découplée de la consommation d’énergie fossile tout en favorisant la justice sociale. Leur initiative cherche à nourrir le dialogue avec les artistes autour de ces problématiques. Elles s’associent pour cette conférence à l’artiste Vanessa Billy, dont le travail de sculpture et d’installation s’inscrit dans une démarche très mesurée envers la production, à travers des principes de ré-usage, d’envois d’instructions à distance ou de sélection de matériaux naturels replacés dans leur lieu d’origine après une exposition temporaire.
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There's plenty of room at the bottom
Faisant le constat des limites du discours scientifique qui, en l’absence d’un récit porteur, ne parvient pas à fédérer les populations autour du défi commun de la sauvegarde du vivant, la designer et artiste Marie-Sarah Adénis développe un travail hybride entre cosmologie et cosmogonie. Ses projets se concentrent sur les échelles de l’ADN et des cellules qu’elle met en scène dans des représentations où l’histoire du vivant se déploie sous des formes narratives ou mythologiques. En marge de cette pratique de fabuliste contemporaine, l’ancienne chercheuse en neurosciences mène des expériences avec des bactéries afin de développer des pigments écologiques. Dans cette conférence, elle insiste sur la dimension centrale du storytelling dans notre monde en « crise de sensibilité ».
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Le style anthropocène
S’appuyant sur son approche climaticiste, l’architecte et initiateur de ce programme de conférences Philippe Rahm, conclut ce cycle en rappelant les défis actuels pour la création. Il insiste sur l’importance de prendre en compte le réchauffement climatique dans la culture et de s’organiser pour l’estomper en donnant la priorité à un cadre de pensée et d'action matérielle et pratique. Réengager le principe dialectique du matérialisme historique l’amène à imaginer le scénario, peut être inévitable, d’un style culturel de l’anthropocène, où les films seraient tournés à la bougie, afin que les projecteurs consomment moins d’électricité lors des séances, où la danse contemporaine serait moins acrobatique afin de limiter la consommation en nourriture des performeur·euses, et où les designers et architectes inventeraient des objets aux composants qui limitent les pertes de chaleur en hiver et nous maintiennent au frais en été.