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Have you ever seen an iceberg under the rain?
L’Arctique, ici, pue la mort. Lors de sa première confrontation avec grand nord, à Qaanaaq, la localité la plus septentrionale du Groenland, Anastasia Mityukova a mesuré la distance qui sépare l’imaginaire occidental du cercle polaire de sa réalité. Acceptant le caractère préconçu de sa perception de cette région, en dépit de recherches menées sur plusieurs années sur ses enjeux géopolitiques, elle s’est tout d’abord attachée à filmer et photographier la morne réalité de la vie près du pôle Nord. Ses images documentent le quotidien monotone et austère d’un village de pêche et de chasse, à la situation économique précaire, au territoire plus souvent boueux qu’enneigé, très venteux et envahi par les chiens errants plutôt que par les ours blancs.
De retour en Suisse, elle s’est penchée sur les origines de ses représentations de l’Arctique, à travers les livres et les films documentaires qui les ont façonnées depuis son enfance. Ils sont peuplés de la faune polaire archétypale, de conquêtes occidentales et de modes de vie traditionnels pratiquement disparus, et de paysages immaculés recouverts de glace scintillante que nous connaissons tous. Elle en a extrait des descriptions de la zone entourant Qaanaaq et le pôle Nord, fréquemment grandioses et teintées de romantisme face à un territoire hostile, mais d’une beauté étrange et spectaculaire.
À partir de fragments de ces textes, elle a composé une série de poèmes dépeignant les paysages polaires. En les juxtaposant à ses propres photographies, elle met en tension la réalité du XXIe siècle avec l’imaginaire visuel occidental, et la brutalité de leurs contrastes. Ces deux modes de représentation sont pourtant ancrés dans le réel, et basés sur une expérience individuelle vécue. En les articulant, l’artiste ouvre un espace de dialogue semi-fictionnel, et souligne à quel point notre regard est construit, modelé et limité par nos attentes et notre imaginaire.
— Danaé Panchaud