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« Je suis une femme de 51 ans qui recherche son passé ». Il y a une trentaine d’années, la grand-mère d’Aurélie Nydegger a contacté toutes les personnes qui portaient le même nom de famille que le père qu’elle n’avait jamais connu. De lui, elle ne possédait aucune image, aucune information jusqu’au jour où elle a appris que Marcel faisait partie de la Gestapo et qu’il avait été exécuté en 1947. Le projet d’Aurélie Nydegger est porté par le désir de trouver cette image manquante. Elle s’est lancée dans une longue investigation pour combler cette absence à partir de procédures distinctes. D’une part, elle a collecté des documents vernaculaires, principalement dans les archives photographiques de sa grand-mère. Les discussions qui ont accompagné cette exploration ont permis de dévoiler des non-dits et libérer des émotions qui avaient été ensevelies dans les arcanes familiaux. D’autre part, des informations officielles ont été récoltées sur Internet et dans des archives nationales ou municipales. Cette investigation « policière » a permis d’examiner méthodiquement tous les indices susceptibles de fournir des informations qui — dans certains cas — laissent peu de place aux suppositions. Les non-dits de la sphère domestique entraient brutalement en résonance avec des faits honteux de la Seconde Guerre mondiale. La trame narrative se tisse autour de cette tension qui superpose le vécu personnel à la mémoire collective.
Dans un procès, les informations récoltées auraient permis à un jury de reconstituer l’identité de la personne qui doit être jugée « in absentia ». Mais dans le cas d’une quête identitaire, ce portrait démontre que certains vides ne peuvent jamais être véritablement comblés. Est-ce que les mystères d’une histoire personnelle sont préférables lorsqu’ils sont imaginés ou lorsqu’ils sont dévoilés ? Aurélie Nydegger explore cette question difficile à travers une série de portraits et de photographies de situations domestiques qui traduisent les doutes qui ont jalonné cette longue enquête. Les poses sont figées et les regards concernés. Ces corps confinés expriment l’attente et la lenteur du temps qui passe. Cette recherche est également un portrait touchant de la vieillesse et des tourments que laissent toutes les questions restées en suspens. Même si l’évidence des faits reportés est indiscutable, une dimension métaphorique se dégage des compositions de ce récit en clair-obscur. Comme cette pierre ficelée accrochée à un arbre, qui exprime le fardeau pesant sur les branches de cette famille.
— Joël Vacheron