Actualité
Quels sont les effets du salaire minimum à Genève?
Sur mandat du Département de l’économie et de l’emploi, les chercheurs de la HEG-Genève ont étudié les effets du salaire minimum introduit fin 2020. Leur étude se penche sur l’impact vis-à-vis du chômage, de l’emploi et des salaires. Des résultats largement commentés dans les médias.
23 francs de l’heure brut. C’est le montant du salaire minimum introduit pour la première fois à Genève le 1er novembre 2020. Ce nouveau dispositif législatif a suscité de nombreuses questions quant à son impact sur l’économie du canton et les conditions de travail des personnes salariées dans le privé. C’est pourquoi, le Département de l’économie et de l’emploi genevois a confié le mandat à José Ramirez, Giovanni Ferro Luzzi et Sylvain Weber de la HEG-Genève d’étudier l’impact de cette mesure sur le chômage, l’emploi et les salaires.
Le dernier des quatre rapports de cette étude portait en particulier sur les effets principaux du salaire minimum à l’égard des salaires versés dans les emplois les plus exposés, c’est-à-dire les plus bas. « Pour obtenir une image de la situation avant l’introduction de la mesure, puis deux ans après, nous avons utilisé les données récoltées par l'Office fédéral de la statistique dans son l'Enquête suisse sur la structure des salaires, explique le Professeur José Ramirez. Grâce à un échantillonnage représentatif de la population salariée et des données directement collectées auprès des entreprises, les informations disponibles sont fiables. »
Un effet positif et substantiel
Les résultats sont clairs. Deux ans après l’introduction du salaire minimum, la proportion de salaires inférieurs au salaire minimum dans le secteur privé a significativement diminué. Elle est passée de 7.4 à 4% entre 2020 et 2022. En outre, l'écart moyen de salaire par rapport au minimum légal est passé de 14 à 6.9% sur la même période. Contrairement aux craintes initiales, l'effet mesuré sur le chômage ou l'emploi est faible, peu significatif, voire bénéfique dans certains cas comme l'emploi féminin dans la restauration.
« Ces premiers résultats pour le canton de Genève sont cohérents avec la littérature internationale récente qui démontre que le marché du travail ne fonctionne pas selon le modèle simple de l'offre et de la demande en concurrence parfaite, précise José Ramirez. Ainsi, une augmentation du salaire minimum peut réduire les postes vacants et la rotation du personnel plutôt que détruire des emplois. » Des données américaines, britanniques et allemandes montrent également un impact relativement modeste sur l'emploi. Un résultat aussi observé lorsque les salaires minimums sont les plus élevés.
Encore de la marge de manœuvre
En 2022, dans le secteur privé du canton de Genève, le salaire minimum correspond à environ 60% du salaire médian. Ce minimum salarial ne paraît pas trop élevé. D’une part, il est inférieur au seuil de bas salaires, qui est de 66% du salaire médian d'après les standards internationaux. D’autre part, il ne provoque pas de réduction significative de l'emploi. Et le chercheur de conclure : « C’est pourquoi, entre notre analyse et la progression de l’ensemble des salaires, il existe encore une certaine marge pour effectuer des ajustements. »
Plus d'informations
- Institut de recherche appliquée en économie et gestion (Ireg)
- Etude complète
- Prestation de services de la HEG-Genève
Dans les médias