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L'art c'est du travail
Ces dernières années, de multiples initiatives ont réclamé une meilleure rémunération des artistes. Le succès de ces campagnes témoigne d’un changement salutaire du statut d’artiste, resté trop longtemps associé à une vision romantique de l’art qu’on pratique par passion et non comme un travail justifiant rétribution. Dans ce texte, l’artiste et chercheuse Julie Marmet, qui s’investit au sein de Visarte Genève en faveur des droits des artistes, revient sur la généalogie de ce mouvement et spécule sur la manière dont cette intégration des artistes au monde des travailleur·euses redéfinit la notion même de travail.
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Quand on s'adresse à toi, tu souris
Présentation de deux films de l’artiste Lou Cohen qui explorent avec un humour grinçant le monde professionnel contemporain. Des cabinets de recrutement aux start-up, elle imagine des situations où le coaching et les rapports de pouvoir se combinent et s’entrechoquent au dépend de travailleur·euses en performance d’elleux-mêmes.
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Mode et anthropologie : chassé-croisé autour de la question du travail
Important livre d′anthropologie, Le plus beau métier du monde (La Découverte, 2018) de Giulia Mensitieri menait une enquête de terrain sur les conditions de travail des travailleur·sexs de la mode. La chercheuse démontre que l′image du luxe masque et justifie la réalité précaire des employé·exs de ce secteur. Par le biais d′un long entretien contradictoire, Aude Fellay et Emilie Meldem, elles-mêmes critiques de l′amalgame qu′elles voient dans le livre entre design de mode et publicité des objets, tentent de co-construire avec l′anthropologue une approche qui s′inscrit dans la pratique.
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Étudiant·ex – Artiste – Travailleur·eusex
Pendant ses études, Eva Meister a multiplié les boulots d’étudiant·e·x·s, nécessaires à son autonomie financière d’enfant d’une famille non privilégiée. Dans son mémoire de Master TRANS, cette alumna revenait sur cette activité et son articulation avec sa pratique d’artiste et ses études. À partir d’un constat sur la précarité et le risque d’enlisement de ce triple statut, elle évoque la manière dont l’art permet de s’auto-représenter et par là même d’objectiver la condition salariale et les contraintes quotidiennes. Nous publions ici de larges extraits de ce mémoire ainsi que des dessins de l’artiste en lien avec son travail.
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Peintre de la semaine
Dans Condition de l’homme moderne, Hannah Arendt a fameusement distingué le travail, lié à l’activité corporelle et à sa reproduction, de l’œuvre qui transcende la vie individuelle. Peindre n’en est pas moins une activité qui recouvre, par ses aspects physiques et matériels, les réalités du travail, tout en offrant une autonomie par rapport à ce champ qui lui ouvre un espace critique. Dans cet entretien réalisé dans son atelier genevois, le peintre Yoan Mudry parle des questions pratiques et comptables liées à son processus de production et de la possibilité, par la peinture, de commenter les représentations uniformisées de la vie au travail proposées par Google.
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L’automatisation pour ou contre les designers
Designer graphique et enseignant qui s’intéresse depuis longtemps aux questions d’interactivité, Etienne Mineur a commencé à expérimenter avec les plateformes de génération d’images par intelligence artificielle comme DALL·E ou Midjourney pour créer de la typographie. Testant les limites de ces outils, en demandant par exemple des lettrages en crème chantilly en forme de crustacés, il est parvenu à produire des images qu’il juge peu concevables sans cette aide. Il détaille ses observations dans cet entretien et spécule sur l’évolution des métiers de la création face à cette automatisation du dessin.