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Dans l’exigence de la vitesse d’un geste technique
Des mains avec de grosses montres attrapent des bras vêtus du tissu fin d’un costume. Dans la série photographique de Yul Tomatala, les hommes se tiennent, se serrent et se touchent dans des configurations toujours renouvelées. Deux images d’une salle de conférence et d’un tas de papiers – probablement des dossiers – s’y intercalent. Une agitation anime ces corps dont la proximité inhabituelle évoque une association de support, d’érotisme et de combat.
Dans son travail conceptuel comprenant, outre la photographie, des installations spatiales, Yul Tomatala s’intéresse à la porosité et à la fragilité des structures et des systèmes, qu’ils soient d’ordre architectural ou social. Il scrute les décalages et les transitions de l’histoire ou des histoires et observe leur traduction en images et en objets. Les prises de vue de la présente publication proviennent des services de presse de divers parlements du monde occidental où le débat politique a viré à l’agressivité. En recadrant et re-photographiant les prises de vue d’agences de presse trouvées sur la toile, l’artiste les réorganise. Sans donner d’indice de lieu ou d’époque, il en analyse les critères formels et esthétiques et réfléchit au médium de la photographie lorsque celui-ci est au sommet de sa capacité de manipulation. La réalité transmise par les médias est encore inscrite dans les images de l’artiste par la reproduction de la trame de l’écran, qui reste clairement visible.
Dans les images de Yul Tomatala, dépourvues de faits, les mains et les bras du pouvoir s’enchevêtrent comme dans un cycle sans fin, sans que des décisions significatives soient prises pour transformer la société de manière déterminante. Les montres, les costumes, les alliances des politiciens (ce ne sont que des acteurs masculins qui se disputent) se révèlent être les attributs et les gestes des centres du pouvoir politique. Ils renvoient peut-être ici à l’échec d’une culture démocratique de débat à l’ère de l’hyperinflation factuelle.
— Annette Amberg