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Balancing Acts
« I am a photographer », c’est avec cette affirmation que Fig Docher introduit sa première vidéo. Face à la caméra, l’artiste s’adresse au spectateur. Le format rappelle alors les vidéos des réseaux sociaux, qui représentent aujourd’hui plus de 80 % du trafic sur Internet. S’appropriant les codes des tutoriels YouTube et des clips musicaux, Balancing Acts, 2022 s’inscrit dans un registre populaire et divertissant. Mais ce format ludique n’est en réalité qu’un leurre, car rapidement la vidéo se complexifie. Ainsi, la voix de l’artiste se désynchronise des mouvements de ses lèvres, puis c’est un montage de voix polyphoniques qui poursuit le discours. Cette désynchronisation labiale ou « lip-sych », assemblée à un collage ou « mash-up » de clips audio extraits de recherches sur l’Internet, donne lieu à différents niveaux de lecture. Information et humour sont ainsi apportés au discours par ce nouveau biais discursif.
Retraçant avec ironie la naissance du médium photographique, Balancing Acts introduit la question sensible de la provenance des matières premières utilisées dans la fabrication des appareils. Qu’elle soit argentique ou numérique, la photographie s’est toujours développée grâce à l’exploitation minière qui se développe dans un contexte d’iniquité économique et politique. Aujourd’hui, le problème ne fait que s’aggraver, avec l’extraction et le raffinage des métaux rares et lourds utilisés dans la production de maintes pièces électroniques, avec les conséquences catastrophiques sur l’environnement que l’on sait. Malgré son image populaire, démocratique et novatrice, la photographie participe activement des problèmes sociétaux et écologiques contemporains. C’est d’ailleurs avec une approche critique que Fig Docher aborde dans cette même vidéo l’histoire des technologies photographiques, les problématiques de la surveillance, de la transparence, mais également les questions d’identité et de représentation.
En un pied de nez au sérieux des thématiques abordées, Fig Docher prend congé de son public par quelques pas de danse sur un collage de sonorités hyperpop, qui évoquent à leur tour les dérives d’un médium devenu incontournable dans nos sociétés ultra connectées.
— Victoria Muhlig