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C’est en s’interrogeant sur les relations entre l’humain et son environnement que Florent Bovier a choisi de s’intéresser à la pratique ancestrale de la chasse. Alors que l’idée même de nature varie dans le temps et l’espace, l’opposition cartésienne qui rattache d’une part l’homme à la sphère de l’esprit, de l’intelligence et de la culture et, d’autre part, l’animal au monde physique, à l’instinct et à la nature, a profondément conditionné notre rapport au monde vivant.
C’est avec cette dualité en tête que Florent Bovier s’est avancé hors des sentiers battus dans l’objectif de traquer, à la manière des chasseurs, les cervidés des bois et caprinés des hauteurs. Afin d’obtenir les images tant attendues des bêtes dans leur environnement naturel, il pose des pièges photographiques capables de se déclencher aux moindres mouvements et s’équipe d’appareils de vision nocturne. Dans le déroulement de cette quête, le pistage de la moindre trace et le fantasme de la rencontre tant attendue prennent alors autant d’importance et de valeur que l’image finale.
De cette expérience au contact de la faune pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, le photographe prend conscience de la vision biaisée obtenue à travers les appareils destinés à représenter le territoire de manière objective. Malgré leur performance, ces derniers modifient profondément notre perception de l’espace, le vidant de toute valeur sensible, pourtant fondamentale à sa compréhension réelle. De cette aventure unique, l’artiste rapporte des témoignages de chasseurs, des photographies infrarouges, ainsi que des images documentaires et narratives. Des empreintes dans la neige au poussiéreux trophée de chasse, trônant sur une table de chevet, en passant par des vues d’atelier ou encore l’image d’une nuit étoilée, la série de Florent Bovier révèle un autre visage de la chasse. Avec sensibilité et mélancolie, il nous invite à dépasser nos préjugés et à regarder cette pratique à travers un prisme humaniste où observation, recherche, patience et osmose avec la nature supplantent l’acte de chasser. Derrière cette tradition passéiste se cache une expérience authentique, où l’humain ne fait plus qu’un avec le vivant.
— Victoria Muhlig