retour au sommaire du Dossier #31

Explorant les récits intimement liés de la communication interspécifique et de l'intelligence artificielle, cet article revisite les tentatives passées (1960-1970) de communiquer avec des intelligences non humaines, afin d'appréhender l'urgence de l'échelle planétaire. Des efforts de John C. Lilly pour dialoguer avec les dauphins à la plaque de Pioneer et aux développements récents de l'IA, ce texte analyse le pessimisme associé à l'obsolescence humaine. À partir du concept de « devenir planétaire » de Jennifer Gabrys, l'article invite à reconsidérer l'agentivité extraterrestre face au calcul à l'échelle planétaire, encourageant à passer d'une vision de l'IA comme une menace à une compréhension de son rôle dans un contexte écologique et synthétique plus large.

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« Il y a des leçons d'espoir à tirer de la mémoire latente de nos tentatives, ratées ou non, de communiquer avec l'univers dans lequel nous nous trouvons.[note]Thomas Moynihan, « Thanks for all the fish », aeon.co, mars 2021, [en ligne], trad. de l’autrice[/note] »

Depuis 2018, le Earth Species Project utilise l'intelligence artificielle (IA) pour communiquer avec les baleines et limiter les collisions entre les cétacés et les bateaux commerciaux. Entraînée à reconnaître les messages d’alertes utilisés par les baleines pour signifier un danger ou une menace, l'IA redirige ces signaux vers les mammifères lorsqu'elles s'approchent trop près d'un bateau. Si ce projet permet de prévenir la mort de nombreux animaux, il met également en évidence l'intégration systématique des entités vivantes et non vivantes au sein d’une « technosphère » cybernétique, c’est-à-dire un environnement logistique et global qui se base sur la circulation de l'information et la communication inter-espèces. Les modèles et autres formes de l’informatique computationnelle constituent un réseau de communication machine-à-machine qui exclut les humain·es de la majorité de ses échanges et dont l’échelle planétaire dépasse l’échelle individuelle. Comme le décrivent les chercheurs Yves Citton et Ariel Kyriou, « nous étions au cœur de notre monde, au sein de notre globe, les pieds posés sur notre Terre », et voilà que « la planète introduit une extériorité radicale dans la façon dont nous devons réenvisager nos environnements. »[note]Yves Citton et Ariel Kyrou, « Planétarités en débats », Multitudes, vol. 4, n° 85, p. 67-73, 2021[/note]. Citton et Kyriou décrivent ainsi le tournant planétaire (ou planetary[note]La distinction globe - planète a notamment été développée par Gayatri Chakravorty Spivak (« Imperatives to Re-Imagine the Planet », dans An Aesthetic Education in the Era of Globalization, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1999, p. 335-350) et plus récemment par Jennifer Gabrys, Program Earth: Environmental Sensing Technology and the Making of a Computational Planet, Minneapolis/Londres, University of Minnesota Press, 2016[/note] turn) qui invite à repenser les questions technologiques et politiques à l’échelle de la planète et non plus seulement du globe, incluant les systèmes naturels, les espèces non-humaines et les temporalités géologiques. Des phénomènes qui demeuraient hors de notre échelle perceptive, comme le chant des baleines mais aussi le changement climatique, sont alors rendus visibles par le développement informatique, qui permet de gérer une quantité et une complexité de données auparavant inaccessibles. Dans cette reconfiguration des systèmes de perception et de compréhension du monde, il est troublant de constater que la cybernétique, une science hétérogène initiée en 1948 par le mathématicien Norbert Wiener[note]Norbert Wiener, Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine, Cambridge, MIT Press, 2019 [1948][/note], et ayant pour but l’étude des mécanismes de communication et de régulation dans les systèmes organiques et machiniques, constitue le paradigme écologique de la computation planétaire. Entrelaçant des efforts passés et présents pour se connecter avec des intelligences animale et machinique, cet article revisite ces tentatives de communication inter-espèces, ainsi que les affectations mutuelles entre la figure du dauphin, de l’alien et de l’intelligence artificielle pour entrevoir les modes d’habitabilité de la planète.

 

Échos de la Dolphin House

Les efforts déployés au milieu du XXIe siècle pour converser avec les dauphins et les extraterrestres, ainsi que les débats actuels sur l'intelligence artificielle, reflètent un désir profond d'explorer et de repenser les limites du cosmos et la place des humain·es dans celui-ci. Dans le contexte de la Guerre froide (1947-1991), l’espace extra-atmosphérique devient un territoire à conquérir. En 1973, Frank Drake et Carl Sagan, astrophysiciens des SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence) — le groupe de recherche pour la communication extra-terrestre, se préparent à la rencontre alien que cette exploration spatiale pourrait précipiter. Alors que le vaisseau spatial Pioneer 11 s’apprête à être lancé hors du système solaire, Drake et Sagan supervisent la conception de la plaque qui doit l’accompagner. Fabriquée en aluminium anodisé et mesurant 22 sur 15 centimètres, cette petite surface fixée sur le satellite s’adresse à toute forme d’intelligence extra-terrestre qu’elle pourrait rencontrer. Dessinée par l'artiste Linda Salzmann Sagan, l'illustration est conçue pour indiquer les coordonnées de la planète Terre ainsi qu’une représentation de l'humanité : un homme et une femme nu·es, se tenant debout. Pour les aider dans leur démarche, Drake et Sagan réunissent des linguistes, des mathématiciens, des anthropologues, mais aussi et surtout John C. Lilly, un neuro-scientifique états-unien qui se prépare depuis 1961 à la possibilité d’une rencontre extra-terrestre :

« D'ici une ou deux décennies, l'espèce humaine établira une communication avec une autre espèce : non humaine, étrangère, peut-être extraterrestre, plus probablement marine, mais certainement très intelligente, peut-être même intellectuelle.[note]« Within the next decade or two, the human species will establish communication with another species: nonhuman, alien, possibly extraterrestrial, more probably marine, but definitely highly intelligent, perhaps even intellectual. », John C. Lilly, Man and Dolphin: Adventures on a New Scientific Frontier, Garden City (NJ), Doubleday, 1961, p. 15. Trad. de l’autrice[/note] »

Lilly fait alors référence à une autre altérité, qui serait déjà à notre portée : le grand dauphin (bottlenose dolphin) qu’il étudie depuis son laboratoire, le Communication Research Institute (CRI). Fondé en 1959 à St-Thomas, dans les îles Vierges des États-Unis, et connu sous le nom de Dolphin House, ce qui était à l'origine une villa touristique en bord de mer a été transformée en laboratoire pour étudier la communication et la cohabitation inter-espèces. L’espace se divise en deux parties : le laboratoire depuis lequel les scientifiques et les opérateur·ices techniques travaillent, et la partie aquarium où Sissy, Pamela et Peter — les dauphins de l’expérience — vivent dans plusieurs piscines d’eau de mer. Iels subissent plusieurs fois par jour de nombreux examens neurologiques et expériences linguistiques, afin de percer le mystère de leurs vocalises. L’expérience repose notamment sur le travail (invisibilisé) de Margaret Howe, scientifique amateure qui a vécu pendant sept semaines dans la partie semi-immergée de la Dolphin House avec le dauphin Peter. Elle y développe des exercices afin de lui enseigner la langue anglaise, qu’elle enregistre consciencieusement sur des bandes magnétiques. Howe aménage alors cet espace selon leurs besoins respectifs : de son lit suspendu permettant de dormir à l'abri de l'eau de mer salée, à l'ascenseur que Peter utilisait pour se déplacer entre leur espace commun et la piscine du rez-de-chaussée. Pour Sagan, qui connaît très bien les travaux de Lilly pour avoir séjourné temporairement à la Dolphin House, ainsi que pour les autres membres des SETI, la communication inter-espèces constitue un premier pas vers la communication extra-terrestre. Il s’agit d’un enjeu diplomatique ; et en hommage à ces recherches pionnières, ils décident de nommer leurs réunions « l’ordre des dauphins ».

 

Après le perroquet stochastique

De nombreuses raisons pourraient être invoquées pour justifier l’échec de cette expérience, parfois décrite comme la « pire expérience jamais réalisée[note]Dans une interview menée par Christopher Riley pour le documentaire The Girl Who Talked to Dolphins (2014), Howe cite les critiques portées contre l’expérience de la Dolphin House.[/note] »: de la maltraitance animale, des pratiques zoophiles aux comportements agressifs des dauphins à l’encontre de Howe. L’expérience prend fin en 1966 alors que Lilly se concentre de plus en plus sur ses recherches sur les psychotropes et ses expériences avec le LSD, qu’il utilise sur lui comme sur les dauphins. Mais ce ne sont pas ces raisons qui sont avancées dans les principales critiques de la Dolphin House. Ces dernières condamnent davantage la conception erronée de l’apprentissage du langage développée par Lilly, qui repose sur les principes de mimétisme et de répétition. S'appuyant sur une vision fantasmée de la relation mère-enfant, Lilly instrumentalise les présumées capacités maternelles de Howe pour dépasser la barrière de la communication inter-espèces, en dépit de l’impossibilité biologique des dauphins à articuler les phonèmes nécessaires.

Près de 60 ans plus tard, la même dialectique est utilisée pour tempérer l'excès de peur et de fascination suscité par l'intelligence artificielle. Alors que les réseaux de neurones existent et opèrent au sein de nos systèmes techniques depuis longtemps[note]Les réseaux de neurones connaissent un essor applicatif dès les années 1980, porté notamment par les travaux de J. J. Hopfield ("Neural networks and physical systems with emergent collective computational abilities", Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 79, n° 8, 1982, p. 2554–2558), Hinton de Rumelhart et Williams ("Learning representations by back-propagating errors", Nature, vol. 323, n° 6088, 1986, p. 533–536) sur la rétropropagation du gradient, et de Y. LeCun et al. ("Backpropagation applied to handwritten zip code recognition", Neural Computation, vol. 1, n° 4, 1989, p. 541–551). Voir aussi: Christopher Bishop, Neural Networks for Pattern Recognition, New York, Oxford University Press,1995.[/note], ces débats sont ravivés en 2022, avec la généralisation des grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT, qui associent à ces modèles préexistants « un aspect conversationnel[note]Interview de Grégory Chatonsky, dans « IA : comprenons ce qui nous arrive plutôt que de le juger d’avance », AOC.fr, 6 mai 2023 [en ligne][/note] ». Ces critiques s’appuient souvent sur la métaphore du « perroquet stochastique[note]Emily M. Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Shmargaret Shmitchell, « On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? », dans Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency (FAccT '21), New York, Association for Computing Machinery, 2021, p. 610–623. https://doi.org/10.1145/3442188.3445922[/note] » pour démontrer l’impossibilité de l'algorithme à vraiment penser. L’intelligence artificielle, à l’image d’un perroquet, serait seulement capable de répéter des motifs pré-entraînés, se parant ainsi du simulacre du langage pour dissimuler son fonctionnement itératif. Techniquement, il est vrai que les IA génératives telles que ChatGPT, Stable Diffusion, Sora ou Midjourney fonctionnent par imitation et récursion. Elles sont conçues de telle sorte que, lorsqu'on leur donne un ensemble de données (texte, image ou son), elles recherchent des solutions statistiques optimales de pixels, de lettres ou de sons qui présentent les mêmes propriétés que le prompt ou le référentiel donné.

Cet argument du perroquet stochastique me semble pourtant raviver une présupposée singularité et exceptionnalité de l'intelligence humaine. ChatGPT 4.0, tout comme Peter, agit comme un miroir réflexif, nous renvoyant à l’impossibilité de se saisir de cette notion d’intelligence. En dépit de cette volonté de différencier l’intelligence humaine d’autres formes cognitives, qu’elles soient machiniques ou animales, il pourrait bien y avoir un certain biomorphisme cognitif correspondant à une façon commune dont les humains et les animaux fonctionnent cognitivement[note]Blaise Agüera Y Arcas et Benjamin Bratton, « The model is the message », Noemalag.com, 12 juillet 2022, [en ligne][/note]. Le principe de prédiction itérative correspond à la manière la plus courante dont fonctionne notre intelligence humaine. L'imitation peut être trouvée dans de multiples tentatives de communiquer avec des humain·es ou non, ouvrant la porte à l'analyse, mais aussi à la surprise de combinaisons inattendues, certaines plausibles, d'autres incongrues. Cette difficulté se révèle d’autant plus lorsqu’on tente de traduire le verbe « to cognite », qui décrit en anglais l’action de fonctionner cognitivement, sans glisser en français du côté de la « pensée », du « sens », ou de la « compréhension ». À l’inverse, le terme anglais « intelligence » est plutôt utilisé pour qualifier les agences de renseignements[note]Francis Hunger, « Unhype Artificial 'Intelligence'! A proposal to replace the deceiving terminology of AI », Zenodo, 2023 [en ligne][/note], explicitant le travail de collecte, de traitement et de gestion de l’information en lien avec un environnement et un contexte précis. Si poser la question de l’intelligence en ces termes paraît obsolète, cette différence d’usage me semble d’autant plus intéressante qu’elle rend explicite des processus de traitement de l’information qui ont disparu de notre compréhension de l’informatique contemporaine (cognition technique) sous le seuil de la conscience humaine[note]N. Katherine Hayles, Unthought: The Power of the Cognitive Nonconscious, Chicago, The University of Chicago Press, 2017[/note], tel que le développe la chercheuse Katherine Hayles :  

« Si les machines communiquent davantage entre elles qu'avec nous, les intervalles et l'omniprésence de l'autonomie des machines augmentent, de même que les domaines dans lesquels les machines prennent des décisions qui affectent non seulement d'autres machines, mais aussi des humains et des non-humains enchevêtrés dans cet assemblage cognitif global.[note]Katherine Hayles, « Three Species Challenges. Toward a General Ecology of Cognitive Assemblages », dans Susanna Lindberg et Hanna-Riikka Roine (dir.), The Ethos of Digital Environments, Abingdon/New York, Routledge, 2021, p. 40. Trad. de l’autrice[/note] »

Plutôt que de dénoncer cet anthropomorphisme profond pour discréditer les potentialités de l'IA, ces ressemblances et affectations mutuelles entre l’intelligence humaine, machinique ou animale constituent une opportunité de réorienter nos conceptions de l'artificiel vers la réalité synthétique sous-jacente d'où elles émergent. Face à la difficulté de se saisir de l’échelle globale de ces processus historiques, sociaux et matériels qui ont conduit à la dissolution du travail de l’information sous des formes technologiques, la Dolphin House peut être étudiée en tant « qu’assemblage cognitif » particulier. Son organisation spatiale et sociale a contribué à contrôler et à organiser la gestion de l'information et de la communication, assurée tant par les opérateur·ices humain·es que par les dauphins et les machines. Saturé de technologies de télécommunications telles que les hydrophones et les bandes magnétiques, le laboratoire est un dispositif médiatique permettant d’observer et surveiller l’expérience. Des dizaines de bandes magnétiques ont ainsi été utilisées pour enregistrer les vocalises du dauphin et les décrypter. Assignée au rôle de mère et d'enseignante du dauphin, Howe a joué le rôle d'interface dans cette architecture cybernétique, tandis que sa « féminité » est technologisée au profit de l'expérience. La Dolphin House a fait de Howe et de Peter le dauphin des composants intégrés et responsifs de cette « infrastructure cognitive », décrite par le philosophe des technologies Benjamin Bratton comme « créant les conditions matérielles pour l'augmentation synthétique des formes d'intelligence qui émergent dans et en tant que niche écologique complexe[note]Benjamin Bratton, « After Alignment: Orienting Synthetic Intelligence Beyond Human Reflection », conférence, Londres, Platform Theatre at Central Saint Martins, 28 juin 2023, [en ligne][/note] ».  L’examen de la Dolphin House permet ainsi d’éclairer les processus d’extériorisation et de médiation de la pensée « selon un principe écologique[note]Erich Hörl, « Introduction to General Ecology. The Ecologization of Thinking », dans General Ecology: The New Ecological Paradigm, Londres, Bloomsbury, 2017, p. 1–73[/note] » tel que défini par le philosophe Erich Hörl. En faisant apparaître une conception écologique des intelligences humaines, animales et machinique en lien avec un milieu particulier, la Dolphin House amorce le passage entre le premier ordre cybernétique à visée militaire et le second ordre cybernétique qui étend les technologies du contrôle à la pensée des systèmes vivants. Dans les années 1970, le cybernéticien Heinz Von Foester développe une pensée « des systèmes de systèmes » en s’inspirant des biologistes Humberto Maturana et Francisco Varela (avec qui Lilly entretenait également des liens d’amitié et de travail)[note]Heinz von Foerster, Observing Systems: Selected Papers of Heinz von Foerster, Seaside (CA), Intersystems Publications, 1981[/note]. C’est cette seconde vague cybernétique qui inspira James Lovelock et Lynn Margulis dans le développement de la théorie Gaïa qui pense la planète Terre comme un système auto-régulateur. Si la Dolphin House apparaît peu dans notre histoire des sciences et de la technologie, cette expérience constitue pourtant un carrefour important de l’histoire de la cybernétique et des théories de l’information et de la communication.

 

En absence de réponse, l’extinction en héritage

L’expérience de la Dolphin House a ainsi très largement contribué à remodeler l’imaginaire de la relation entre humain et dauphin. Les archives photographiques de Howe sont devenues la représentation manifeste de cet anthropomorphisme. L’expérience a servi de modèle pour le développement des parcs aquatiques ou encore de la Dolphin Embassy du collectif d’architectes Ant Farm. La médiatisation de l’expérience par Lilly lui-même a transformé la place du dauphin dans notre histoire culturelle, en contribuant à développer le récit du dauphin comme une possible « espèce compagne[note]Donna Haraway, The Companion Species Manifesto, Cambridge, Prickly Paradigm Press, 2003[/note] », à l’inverse du portrait jusque-là dépeint du dauphin comme « belliqueux et vorace ». L’historien Thomas Moynihan rappelle les travaux du zoologiste français Frédéric Cuvier, qui témoignent de cette description négative du dauphin comme une « brute carnivore » et un « glouton stupide »[note]Thomas Moynihan, op.cit.[/note]. À la suite de l’expérience, de nombreux romans de science-fiction et séries télévisées vont contribuer à développer un imaginaire amical du dauphin, comme Flipper le Dauphin (MGM, 1964-67) ou Oum, le dauphin blanc (ORTF, 1971-72).  La nécessité de dépasser la communication inter-espèces et d‘imaginer des relations amicales et pacifiques avec le dauphin sont d’autant plus urgentes que cette expérience doit permettre aux humain·es de se préparer à la rencontre extra-terrestre. Malheureusement, nos espoirs de communication se sont évanouis à mesure que les satellites Pioneer ont poursuivi leur course hors de notre système solaire. Le silence renvoyé par le cosmos n’a fait que révéler la solitude et la précarité de la vie humaine sur Terre. « Où est tout le monde ? » (Where is everybody?). Malgré le grand nombre d'étoiles et de planètes potentiellement habitables dans la galaxie, les satellites et les antennes des SETI n’ont pas encore détecté de signes de vie extraterrestre. Ce paradoxe, qui porte le nom du physicien Enrico Fermi (1901-1954) souligne cette contradiction apparente entre la forte probabilité de l'existence de civilisations extraterrestres et l'absence de preuves ou de contact avec elles. Parmi les nombreuses théories qui tentent de résoudre ce paradoxe, l’idée du « Grand Filtre », suggère que les civilisations avancées, y compris potentiellement la nôtre, pourraient être enclines à l'autodestruction, menant à leur extinction avant de pouvoir établir une présence étendue et détectable dans la galaxie. Alors l'humanité pourrait également être à risque de rencontrer ce filtre et ses propres limites, soulevant des inquiétudes quant à notre propre survie à long terme et à la possibilité d'une extinction humaine.

Ces premiers récits, qui associent les figures de l’extra-terrestre et du dauphin à la solitude, la fragilité voire l’extinction possible de l’humanité, éclairent les récents débats suscités par l’intelligence artificielle d’une impression de déjà-vu. Confrontée à l’émergence de la Singularité ou de l’Intelligence Générale Artificielle (AGI), l’humanité serait une fois de plus confrontée à un risque existentiel. Le philosophe Emile P. Torres retrace l’émergence de ce catastrophisme de l’IA (en anglais le « doomerism ») dans un article écrit par Eliezer Yudkowsky. Alors que ce dernier est membre du Machine Intelligence Research Institute[note]Le Machine Intelligence Research Institute est un groupe de recherché privé basé à Berkeley en Californie.[/note], il demande l’utilisation de frappes militaires contre les centres de données pour retarder la création de l'AGI[note]Eliezer Yudkowsky, « Pausing AI Developments Isn’t Enough. We Need to Shut it All Down », Time, 29 mars 2023 [en ligne][/note]. Cet article rejoint les nombreuses autres tribunes qui appellent à un moratoire de la recherche (« shut down »), en avertissant du risque existentiel que l’IA représenterait pour l’humanité, tels que le « Statement on AI Risk », publié sur safe.ai en mai 2023 qui considère que le sujet « devrait être une priorité mondiale au même titre que d'autres risques à l'échelle de la société tels que les pandémies et la guerre nucléaire[note]Center for AI Safety (CAIS), « Statement on AI Risk », safe.ai, mai 2023 [en ligne][/note] ». Il est surprenant de voir les dirigeant·es des entreprises qui développent et commercialisent les modèles de neurones artificiels soient les premier·ères à alerter sur ses potentiels dangers. Si ces moratoires servent notamment à alimenter le débat médiatique, nourrissant tout autant la curiosité que l’inquiétude suscité par ces technologies, ces prises de position dissimulent mal l’agenda politique de certaines de ces entreprises dites de la tech, que les philosophes Torres et Timnit Gebru associent sous l’acronyme TESCREAL. Cet acronyme permet de qualifier le continuum idéologique entre différents courants philosophiques et politiques qui nourrissent les discours alarmistes de l’IA : Transhumanisme, Extropianisme, Singularitarisme, Cosmisme, Rationalisme, Altruisme Efficace (Effective Altruism) et Long-Termisme. Si chacun de ces -ismes dispose d’une trajectoire idéologique et géographique propre, ils partagent une conception techno-positiviste et ultra-libérale qui a émergé des bureaux de la Silicon Valley, tout autant que d’universités prestigieuses telles qu’Oxford. Le laboratoire de recherche « Future of Humanity Institute » (FHI), dirigé par Nick Böstrom a contribué au développement de l’« Altruisme Efficace » (EA), une philosophie qui vise à développer des stratégies radicales pour assurer la longévité de l’espèce humaine face à des « risques existentiels », tels que des catastrophes naturelles (impacts d'astéroïdes, éruptions supervolcaniques), des catastrophes causées par l'homme (guerre nucléaire), des pandémies, ou des risques technologiques. Face à ces risques, l’EA défend des solutions eugénistes pour protéger à tout prix une espèce humaine, dont le potentiel resterait à révéler, quitte à sacrifier une large partie de la population au profit d’une autre. Les ramifications racistes, eugénistes et conservatrices de l’EA ont d’ailleurs conduit à la récente fermeture du laboratoire en 2024.

On peut s'ennuyer de ces agitations philosophiques et médiatiques, mais ces provocations ne doivent pas détourner notre attention des destructions environnementales dont participe le développement de l’IA industrielle. Si le dauphin a cristallisé la peur pour l’espèce humaine d’être éclipsée, voire de disparaître, l’espèce est aujourd’hui menacée directement par la crise climatique. La dégradation des milieux océaniques, la raréfaction de sa nourriture et les multiples contaminations liées à l’activité humaine contribuent aujourd’hui à accélérer la disparition possible des dauphins à l’occasion de la sixième extinction de masse. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la crise climatique n’est pas identifiée par les acteur·ices des TESCREAL comme un risque existentiel. Pourtant, l'informatique planétaire pourrait contribuer largement à une crise énergétique[note]Kate Crawford, « Generative AI’s environmental costs are soaring — and mostly secret », nature.com, 20 février 2024 [en ligne][/note], sans mentionner l'extraction des minéraux nécessaires à la fabrication et à la maintenance des serveurs disséminés sur la croûte terrestre. La répercussion médiatique des moratoires des acteur·ices de l’IA industrielle et commerciale ne fait qu’amplifier le silence de ces signataires face au défi du changement climatique, de l’épuisement de nos ressources et de l'actuelle sixième extinction de masse, qui lient l'avenir du calcul à sa dimension énergétique et environnementale.

 

Solidarités post-naturelles : vers une désorientation xénoféministe

Malgré ses espoirs, les efforts de Lilly pour briser la communication inter-espèces n’ont pas aboutis. Peter le dauphin n’a jamais été capable de discuter en anglais. Et les plaques de la sonde Pioneer n’ont jamais rencontré leurs destinataires. Pourtant, les micros hydrophones utilisés dans la Dolphin House et la militarisation de l’océan ont largement contribué à révéler un océan bruyant et habité. À contre-courant d’un imaginaire sous-marin vide et hostile, cette réponse de la vie océanique engage les responsabilités humaines, ce que Donna Haraway a souligné avec l’expression « réponse-abilité » (response-ability)[note]Ce concept est développé par Donna Haraway dans l’ouvrage When Species Meet (Minneapolis/Londres, University of Minnesota Press, 2008).[/note], précipitant les grands mouvements de protection des océans initiés dans les années 1970. Les bandes magnétiques de la Dolphin House ne révèlent certainement pas la possibilité d’une discussion bilatérale, mais sont habitée d’une multiplicité d’agentivité et d’expériences passées. Si le travail de Margaret Howe reste largement méconnu dans cette histoire de la recherche spatiale et de la communication inter-espèces, sa voix habite pourtant les archives de l’expérience. Sur certaines bandes magnétiques, il est possible d’entendre ses doigts qui tapent à la machine à écrire, les leçons d’anglais à Peter et ses discussions avec Lilly. En habitant cet espace liminal, entre le milieu océanique des dauphins et le milieu terrestre et bâti des humains, Howe a fait une expérience extra-humaine du « dehors »[note]Fédéric Neyrat,« L’expérience planétaire », Multitudes, vol. 4, n° 85, 2021, p. 108-115.[/note], dans les marges de ce qui est considéré comme humain. L’aliénité associée à Peter le dauphin semble avoir éclipsé les conditions d’aliénation de Howe, qui a enduré la surveillance, et souffert de l’eau salée et des attaques des dauphins (eux-mêmes captifs du dispositif). L’expérience unique de Howe démontre le défi posé par cette nouvelle échelle de la planétarité et la difficulté de créer des mondes « plus-qu’humains ». Il revient en premier lieu de reconnaître celleux à qui le statut d’humain·e a été refusé et qui ont été repoussé·es dans les marges de leur altérité. Pour la sociologue Jennifer Gabrys, « la “catastrophe” du changement climatique est aussi la “catastrophe” de la façon dont l’“espèce” et le genre des humains ont été définis par des processus d’exclusion et d’accumulation[note]Jennifer Gabrys, « Devenir planétaire », Multitudes, vol. 4, n° 85, 2021, p. 97-103[/note] ». Sur les plaques Pionner, non seulement l’humanité est réduite à une représentation hétéronormée et validiste, mais le couple y figure seul, « hors-Terre[note]Ariel Kyriou et Yves Citton, op.cit.[/note] »,  flottant au milieu d'un cosmos représenté par des abstractions mathématiques[note]Idem[/note]. L’expérience planétaire n’est pas seulement une condition extérieure, elle offre aussi une opportunité de « dés-humaniser nos perceptions et nos conceptions[note]Idem[/note] » afin de produire un effet d’éloignement (estrangement) qui, plutôt que présenter une menace pour notre humanité, représente une opportunité d’opérer un « désalignement » radical avec le paradigme moderne. Cela rejoint le projet du collectif cyberféministe VNS Matrix fondé en 1991, dont le slogan « The Future is Unmanned » souligne la nécessité de repenser un futur où l’homme (the man) est soustrait (un-). De la même façon, il me semble nécessaire de dépasser une définition de l’intelligence centrée autour de la figure humaine, qui ne fait qu'aligner les capacités et la puissance de calcul de l’IA sur des logiques anthropocentrées d’exploitation et d’extraction. Plus récemment, la collective Laboria Cuboniks revendique la saturation des catégories modernes, et le développement d’une « politique des aliénations » pour ouvrir le planétaire à d’autres manières (collectives, multiples) de l’habiter[note]Laboria Cunbinks, The Xenofeminist Manifesto: A Politics for Alienation, Londres/New York, Verso Books, 2018.[/note]. Ce défi demande de développer une véritable praxis pour pluraliser les manières d’être humain et les possibilités d’être des « Aliens-terrestres » (Earth-Aliens) tels que décrits par la microbiologiste Lynn Margulis. L’échelle réduite de la Dolphin House permet ainsi de cartographier les conditions relationnelles, spatiales et dimensionnelles d’une possible synthèse cybernétique, un assemblage composite et hétérogène d'« espèces-en-cyber-symbiose  » décrit par Hayles[note]Katherine Hayles, op. cit.[/note]. Cette expression désigne la nécessité de penser la cognition et le « devenir planétaire » au-delà du « défi des trois espèces » : humaine, non-humaine (animale, végétale, géologique) et machinique, et de développer tous les vecteurs possibles pour des « solidarités ».
 

Logique itérative : boucler la boucle

Les ricochets historiques entre la quête extra-terrestre, la communication inter-espèces et l'intelligence artificielle ne font que révéler la boucle générative dans laquelle l'avenir est toujours-déjà, épuisé par de nouvelles versions du passé. L'IA est une technologie dont les effets et les matérialités doivent être analysés de manière critique, mais il semble également nécessaire de travailler à son désalignement avec une conception obsolète centrée sur l'homme, si nous voulons échapper à la binarité des boucles de hype et de dooms. Notre mémoire collective s’encode petit à petit dans ces ensembles de données. Pour naviguer cet espace latent, qui tire lui-même son nom du lac de Léthé — le lac de l’oubli, il semble nécessaire de plonger dans notre histoire collective pour se remémorer les possibilités de coexistence et réorienter leurs potentialités latentes, afin « d’interroger à nouveaux nos devenirs planétaires, qu’ils soient individuels ou surtout collectifs, à la lumière d’un triple décentrement, qui concerne les échelles spatiales, les échelles temporelles ainsi que les modalités d’actions intentionnelles collectives (ce qu’on appelle les “agentivités”)[note]Ariel Kyriou et Yves Citton, op.cit.[/note] ».

Si l’avenir a déjà été annulé[note]Mark Fisher, Ghosts of My Life: Writings on Depression, Hauntology and Lost Futures, Winchester/Washington, Zero Books, 2014[/note], il pourrait déjà avoir été sauvé. L'année même où Lilly a déclaré avoir rencontré un extra-terrestre dans la figure du dauphin, Leo Szilard, l'un des ingénieurs de l'ère atomique, publiait son unique roman de science-fiction La voix des dauphins (1961). La narration s’articule autour d'un jeune physicien nommé Hal Bregg, qui découvre un moyen de communiquer avec les dauphins à l'aide d'un système informatique sophistiqué. Les dauphins, qui apprennent alors à parler anglais, s’intègrent dans la civilisation humaine et la mettent en garde contre ses tendances destructrices, notamment en ce qui concerne les armes nucléaires et la dégradation de l'environnement. La racine étymologique du terme dauphin dérive du grec delphus, qui signifie l’utérus ou la matrice. Plus surprenant encore, le terme dauphin partage la même racine qu’adelphos, qui a évolué dans notre langage contemporain sous le terme adelphité. Décrivant des principes de solidarités qui permettent de dépasser les normes genrées des concepts de sororité et de fraternité, la figure du dauphin se révèle être notre adelphe historique, notre doppelgänger planétaire, dont nous nous souvenons comme d'un médiateur technologique, chaque fois que nous nous sentons en danger.
 

Cet article a d’abord été publié en anglais, dans le numéro spécial « Stratum 14: AI and Terraforming », du journal Alienocene, dirigé par Frédéric Neyrat et Doron Darnon. Nous les remercions de nous avoir autorisé·es à publier ici sa traduction française, revue et augmentée. La version originale en anglais est disponible en accès libre à ce lien : https://alienocene.com/2024/08/06/stratum-14-ai-and-terraforming/ 

 

chapitres

  1. Échos de la Dolphin House
  2. Après le perroquet stochastique
  3. En absence de réponse, l’extinction en héritage
  4. Solidarités post-naturelles : vers une désorientation xénoféministe
  5. Logique itérative : boucler la boucle

notes

  1. Thomas Moynihan, « Thanks for all the fish », aeon.co, mars 2021, [en ligne], trad. de l’autrice
  2. Yves Citton et Ariel Kyrou, « Planétarités en débats », Multitudes, vol. 4, n° 85, p. 67-73, 2021
  3. La distinction globe - planète a notamment été développée par Gayatri Chakravorty Spivak (« Imperatives to Re-Imagine the Planet », dans An Aesthetic Education in the Era of Globalization, Cambridge (MA), Harvard University Press, 1999, p. 335-350) et plus récemment par Jennifer Gabrys, Program Earth: Environmental Sensing Technology and the Making of a Computational Planet, Minneapolis/Londres, University of Minnesota Press, 2016
  4. Norbert Wiener, Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine, Cambridge, MIT Press, 2019 [1948]
  5. « Within the next decade or two, the human species will establish communication with another species: nonhuman, alien, possibly extraterrestrial, more probably marine, but definitely highly intelligent, perhaps even intellectual. », John C. Lilly, Man and Dolphin: Adventures on a New Scientific Frontier, Garden City (NJ), Doubleday, 1961, p. 15. Trad. de l’autrice
  6. Dans une interview menée par Christopher Riley pour le documentaire The Girl Who Talked to Dolphins (2014), Howe cite les critiques portées contre l’expérience de la Dolphin House.
  7. Les réseaux de neurones connaissent un essor applicatif dès les années 1980, porté notamment par les travaux de J. J. Hopfield ("Neural networks and physical systems with emergent collective computational abilities", Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 79, n° 8, 1982, p. 2554–2558), Hinton de Rumelhart et Williams ("Learning representations by back-propagating errors", Nature, vol. 323, n° 6088, 1986, p. 533–536) sur la rétropropagation du gradient, et de Y. LeCun et al. ("Backpropagation applied to handwritten zip code recognition", Neural Computation, vol. 1, n° 4, 1989, p. 541–551). Voir aussi: Christopher Bishop, Neural Networks for Pattern Recognition, New York, Oxford University Press,1995.
  8. Interview de Grégory Chatonsky, dans « IA : comprenons ce qui nous arrive plutôt que de le juger d’avance », AOC.fr, 6 mai 2023 [en ligne]
  9. Emily M. Bender, Timnit Gebru, Angelina McMillan-Major et Shmargaret Shmitchell, « On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? », dans Proceedings of the 2021 ACM Conference on Fairness, Accountability, and Transparency (FAccT '21), New York, Association for Computing Machinery, 2021, p. 610–623. https://doi.org/10.1145/3442188.3445922
  10. Blaise Agüera Y Arcas et Benjamin Bratton, « The model is the message », Noemalag.com, 12 juillet 2022, [en ligne]
  11. Francis Hunger, « Unhype Artificial 'Intelligence'! A proposal to replace the deceiving terminology of AI », Zenodo, 2023 [en ligne]
  12. N. Katherine Hayles, Unthought: The Power of the Cognitive Nonconscious, Chicago, The University of Chicago Press, 2017
  13. Katherine Hayles, « Three Species Challenges. Toward a General Ecology of Cognitive Assemblages », dans Susanna Lindberg et Hanna-Riikka Roine (dir.), The Ethos of Digital Environments, Abingdon/New York, Routledge, 2021, p. 40. Trad. de l’autrice
  14. Benjamin Bratton, « After Alignment: Orienting Synthetic Intelligence Beyond Human Reflection », conférence, Londres, Platform Theatre at Central Saint Martins, 28 juin 2023, [en ligne]
  15. Erich Hörl, « Introduction to General Ecology. The Ecologization of Thinking », dans General Ecology: The New Ecological Paradigm, Londres, Bloomsbury, 2017, p. 1–73
  16. Heinz von Foerster, Observing Systems: Selected Papers of Heinz von Foerster, Seaside (CA), Intersystems Publications, 1981
  17. Donna Haraway, The Companion Species Manifesto, Cambridge, Prickly Paradigm Press, 2003
  18. Thomas Moynihan, op.cit.
  19. Le Machine Intelligence Research Institute est un groupe de recherché privé basé à Berkeley en Californie.
  20. Eliezer Yudkowsky, « Pausing AI Developments Isn’t Enough. We Need to Shut it All Down », Time, 29 mars 2023 [en ligne]
  21. Center for AI Safety (CAIS), « Statement on AI Risk », safe.ai, mai 2023 [en ligne]
  22. Kate Crawford, « Generative AI’s environmental costs are soaring — and mostly secret », nature.com, 20 février 2024 [en ligne]
  23. Ce concept est développé par Donna Haraway dans l’ouvrage When Species Meet (Minneapolis/Londres, University of Minnesota Press, 2008).
  24. Fédéric Neyrat,« L’expérience planétaire », Multitudes, vol. 4, n° 85, 2021, p. 108-115.
  25. Jennifer Gabrys, « Devenir planétaire », Multitudes, vol. 4, n° 85, 2021, p. 97-103
  26. Ariel Kyriou et Yves Citton, op.cit.
  27. Idem
  28. Idem
  29. Laboria Cunbinks, The Xenofeminist Manifesto: A Politics for Alienation, Londres/New York, Verso Books, 2018.
  30. Katherine Hayles, op. cit.
  31. Ariel Kyriou et Yves Citton, op.cit.
  32. Mark Fisher, Ghosts of My Life: Writings on Depression, Hauntology and Lost Futures, Winchester/Washington, Zero Books, 2014