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  • Issue publie les réflexions critiques, pratiques et théoriques menées au sein de la HEAD – Genève
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Dossier #20

Écopédagogies

Ce numéro d’ISSUE regroupe une série d’articles autour de la notion d’écopédagogie, terme que nous avons placé, depuis mars 2023, au cœur d’une recherche intitulée Faire éco. Co-créations artistiques en milieu scolaire pour expérimenter une écopédagogieRecherche soutenue par le Réseau de Compétences Design et Arts Visuels de la HES-SO..

La notion d’écopédagogie est basée sur la conviction que l’éducation, si elle ne peut à elle seule changer le monde, est un outil dont on ne peut pas se passer pour le faire. L’écopédagogie remet en cause, comme l’ont toujours fait les pédagogies critiques auxquelles elle s’arrime, la compétition individuelle, les rapports d’oppression et les inégalités, tout en s’attaquant au mythe de la croissance perpétuelle, à la globalisation néolibérale, à la surproduction et à l’extractivisme, en s’inscrivant notamment dans les critiques de l’exploitation sous toutes ses formes, ouvertes par l’écoféminismeVoir Isabelle Fremeaux, « Après la séparation : utopie et écopédagogie », dans Des utopies réalisables, dir. I. Fremeaux, J.P. Berlan, T. Paquot et J. Jordan, Genève, A.Type éditions, 2013, p. 109-116 ; Émilie Hache, « Pour les écoféministes, destruction de la nature et oppression des femmes sont liées. », Reporterre. Le quotidien de l’écologie, octobre 2016, https://reporterre.net/Emilie-Hache-Pour-les- ecofeministes-destruction-de-la-nature-et-oppression-des-femmes, dernière consultation le 3.10.2023..

Les auteurices de l’écopédagogie nous montrent qu’une telle pédagogie a vocation à être envisagée de manière intersectionnelle, c’est-à-dire en prenant en compte les différentes injustices et biais qui forgent notre rapport à l’environnementAngela Antunes et Moacir Gadotti, « Ecopedagogy as the appropriate pedagogy to the Earth charter process », dans The Earth Charter in action: Toward a sustainable world, dir. P.B. Corcoran, KIT Publishers, Amsterdam, 2005, p. 135-137 ; Richard Kahn, « From Education for Sustainable Development to Ecopedagogy: Sustaining Capitalism or Sustaining Life? », Green Theory & Praxis: The Journal of Ecopedagogy,  vol. 4, n° 1, juin 2008, p. 1-14 ; Richard Kahn, Critical pedagogy, ecoliteracy, & planetary crisis: The ecopedagogy movement, New York, Peter Lang, 2010a ; Richard Kahn, « Ecopedagogy: An Introduction », Counterpoints, vol. 359, 2010b, p. 1-33 ; Ria Ann Dunkley, « Learning at eco-attractions: Exploring the bifurcation of nature and culture through experiential environmental education », The Journal of Environmental Education, vol. 47, n° 3, 2016, p. 213-22 ; Irène Pereira, « L’éco-pédagogie: une conscience planétaire », Le Courrier, 3 août 2018, https://lecourrier.ch/2018/08/03/leco-pedagogie-une-conscience-planetaire/, dernière consultation le 3.10.2023.. Ainsi, il ne saurait être question d’écopédagogie sans une approche décoloniale, qui comprend l’origine du désastre écologique actuel à l’aune de la colonialitéMalcolm Ferdinand, « Pour une écologie décoloniale », Revue Projet, n° 375, 2020, p. 52- 56, https ://doi.org/10.3917/pro.375.0052, dernière consultation le 3.10.2023..

L’écopédagogie place la question de la relation humain/environnement au cœur de l’expérience d’apprentissage et cherche à sortir d’une vision strictement anthropocentrée pour favoriser des changements durables de nos modes de vie. Pour Antonia Darder, spécialiste des pédagogies critiques, « il ne suffit pas de s'appuyer uniquement sur des processus cognitifs abstraits, où seule l'analyse des mots et des textes est privilégiée dans la construction du savoir », car un « tel processus éducatif d'éloignement a pour effet d'aliéner et d'isoler les élèves du monde naturel qui les entoure, d'eux-mêmes et les uns des autres [renforçant] une lecture anthropocentrique du monde, qui nie et néglige la sagesse et la connaissance en dehors des formulations occidentales »Dans Kahn 2010a, p. xv. Notre traduction..

Pour sortir de cette impasse et favoriser un tournant écologique global, profond et durable, nous formulons l’hypothèse que les pratiques artistiques en co-création peuvent jouer un rôle clé dans un processus d’éducation à une écologie entendue au sens large. L’art, du fait de sa nature transdisciplinaire et de sa capacité à travailler sur les émotions et le psychique (comme le montra Félix GuattariFélix Guattari, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989.), peut en effet être un espace privilégié pour aborder l’écologie dans toute sa complexité et inventer des formes nouvelles de relation au mondeBruno Latour parle quant à lui aussi de l’importance de l’art pour faire face aux sentiments d’angoisse que les bouleversements écologiques provoquent. Voir Bruno Latour, « Avec le réchauffement, le sol se dérobe sous nos pieds à tous », Libération, 16 mars 2018, https://www.liberation.fr/debats/2018/03/16/bruno-latour-avec-le-rechauffement-le-sol-se-derobe- sous-nos-pieds-a-tous_1636709/, dernière consultation le 3.10.2023.. Ainsi, la production collective de formes artistiques relève d’une démarche de recherche, et nourrit une production de connaissances dans laquelle s’intègrent les ressentis et les imaginaires de celleux qui s’impliquent dans de telles démarches.

L’une des manifestations de la première phase de la recherche Faire éco. Co-créations artistiques en milieu scolaire pour expérimenter une écopédagogie a été l’organisation d’Ecopedagogy, a series of talks, un rendez-vous public en ligne, rendant ainsi possible des discussions sans limitation géographique, auquel sept artistes et travailleureuses culturelles ont participé, avant de rédiger les articles présentés ici.

S’iels n’utilisent pas spécifiquement le terme d’écopédagogie pour parler de leurs pratiques, nous leur avons demandé, pour leur intervention, de penser ces dernières en lien avec ce terme. Ces invité·e·s ont en commun de penser la pratique artistique comme un processus consistant à faire avec d’autres, à dépasser la production artistique matérielle pour donner priorité à la relation, en développant des formes que l’on pourrait qualifier d’écosophiqueIbid. — soit une écologie mêlant dimension environnementale, sociale et mentale.

Pour ces auteurices, les questions de durabilité ou d’écologie, même lorsqu’elles ne sont pas abordées comme un thème, sont donc au centre de l’approche éthique qu’iels mettent en œuvre en favorisant des approches locales, collectives et à visée transformative, dépassant les enjeux de la représentation. Iels nous proposent ainsi des pistes de réflexion essentielles pour repenser les formations obligatoires et supérieures, dont celles de l’école d’art, en prenant la mesure de l’urgence climatique.

Si l’écopédagogie s’ancre en Amérique Latine (la notion est née dans les années 1990, dans les écrits du costaricain Francisco Gutierrez et du brésilien Moacir GadottiIrène Pereira, op. cit.), le terme est de plus en plus présent dans le domaine académique d’autres régions, en particulier aux États-Unis. Son usage en Europe reste néanmoins limité. Les propositions pour mener des actions réelles à partir de ces réflexions sont rares, et il semble ainsi difficile de traduire ces contenus théoriques et les imaginaires qu’ils portent dans une pratique concrète et située de l’écopédagogie. Bien que de nombreux·euses auteurices soulignent le rôle capital que l’art peut jouer pour encourager à l’action pour le climat, la manière dont cela devrait se faire est par ailleurs peu discutée. Si l’on assiste à une multiplication de formats (de médiation, d’ateliers créatifs…), si les démarches se multiplient, les outils pour les évaluer de façon qualitative doivent encore être conceptualisés.

L’une des ambitions de la présente recherche est de combler ce manque en cherchant et étudiant des exemples concrets d’actions écopédagogiques engageant des artistes (comme les exemples présentés ici) et en menant trois projets de co-créations artistiques entre des artistes intervenant·e·s (trois alumni du master TRANS— : Grace Denis, Aurélien Fontanet et Lavinia Johnson), des élèves de classes de l’école obligatoire, ainsi que leurs enseignant·e·x·sEn dialogue avec le Département de l’instruction publique de Genève, ces actions, menées par Grace Denis, Lavinia Johnson et Aurélien Fontanet, prendront place tout au long de l’année scolaire 2023-24.. À la fin du processus, une exposition-forum présentera les co-créations réalisées à LiveInYourHeadExposition prévue en automne 2024.. Cette exposition sera notamment pensée comme un lieu de formation pour tout·e·x enseignant·e·x ou éducateur·ice·x désirant développer des pratiques similaires.   

Image de couverture : Voyage d’étude basé sur les principes de l’écopédagogie, master TRANS–, Saint-Cergue, mai 2022.    

par
  • Microsillons
  1. Recherche soutenue par le Réseau de Compétences Design et Arts Visuels de la HES-SO.
  2. Voir Isabelle Fremeaux, « Après la séparation : utopie et écopédagogie », dans Des utopies réalisables, dir. I. Fremeaux, J.P. Berlan, T. Paquot et J. Jordan, Genève, A.Type éditions, 2013, p. 109-116 ; Émilie Hache, « Pour les écoféministes, destruction de la nature et oppression des femmes sont liées. », Reporterre. Le quotidien de l’écologie, octobre 2016, https://reporterre.net/Emilie-Hache-Pour-les- ecofeministes-destruction-de-la-nature-et-oppression-des-femmes, dernière consultation le 3.10.2023.
  3. Angela Antunes et Moacir Gadotti, « Ecopedagogy as the appropriate pedagogy to the Earth charter process », dans The Earth Charter in action: Toward a sustainable world, dir. P.B. Corcoran, KIT Publishers, Amsterdam, 2005, p. 135-137 ; Richard Kahn, « From Education for Sustainable Development to Ecopedagogy: Sustaining Capitalism or Sustaining Life? », Green Theory & Praxis: The Journal of Ecopedagogy,  vol. 4, n° 1, juin 2008, p. 1-14 ; Richard Kahn, Critical pedagogy, ecoliteracy, & planetary crisis: The ecopedagogy movement, New York, Peter Lang, 2010a ; Richard Kahn, « Ecopedagogy: An Introduction », Counterpoints, vol. 359, 2010b, p. 1-33 ; Ria Ann Dunkley, « Learning at eco-attractions: Exploring the bifurcation of nature and culture through experiential environmental education », The Journal of Environmental Education, vol. 47, n° 3, 2016, p. 213-22 ; Irène Pereira, « L’éco-pédagogie: une conscience planétaire », Le Courrier, 3 août 2018, https://lecourrier.ch/2018/08/03/leco-pedagogie-une-conscience-planetaire/, dernière consultation le 3.10.2023.
  4. Malcolm Ferdinand, « Pour une écologie décoloniale », Revue Projet, n° 375, 2020, p. 52- 56, https ://doi.org/10.3917/pro.375.0052, dernière consultation le 3.10.2023.
  5. Dans Kahn 2010a, p. xv. Notre traduction.
  6. Félix Guattari, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989.
  7. Bruno Latour parle quant à lui aussi de l’importance de l’art pour faire face aux sentiments d’angoisse que les bouleversements écologiques provoquent. Voir Bruno Latour, « Avec le réchauffement, le sol se dérobe sous nos pieds à tous », Libération, 16 mars 2018, https://www.liberation.fr/debats/2018/03/16/bruno-latour-avec-le-rechauffement-le-sol-se-derobe- sous-nos-pieds-a-tous_1636709/, dernière consultation le 3.10.2023.
  8. Ibid.
  9. Irène Pereira, op. cit.
  10. En dialogue avec le Département de l’instruction publique de Genève, ces actions, menées par Grace Denis, Lavinia Johnson et Aurélien Fontanet, prendront place tout au long de l’année scolaire 2023-24.
  11. Exposition prévue en automne 2024.
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  • départementarts visuels
  • sujetanthropologieécologieintersectionnalitépédagogie
  • publié le 21 novembre 2023
  • permalien https://www.hesge.ch/head/issue/issues/issue-20-ecopedagogies-microsillons
  • licence CC BY-SA 4.0
informationsrevenir à la publication
  • Quelques idées en cours d’élaboration de lignes directrices vers une sensibilité durable pour la pratique créative

    par
    • Marsha Bradfield
    Les réflexions présentées ici font suite à un exposé que j’ai donné en novembre 2022 dans le cadre d’une série de discussions sur l’écopédagogie organisée par le master TRANS— Pratiques artistiques socialement engagées (HEAD—Genève). L’intervalle entre cette présentation et cette publication m’a donné le temps et l’espace pour faire évoluer ma compréhension d’une sensibilité durable pour la pratique créative. Au lieu d’une conclusion, ce texte se termine par quelques idées en cours d’élaboration de lignes directrices choisies parmi une liste plus longue. Elles représentent une affirmation mais aussi une extension de la position que j’ai proposée en 2022.
  • L'université indiscutée

    par
    • David Cross

    En tant qu'artiste travaillant de manière collaborative, ma pratique artistique a activé des actions dans des contextes publics, tandis que le fait de travailler dans des universités a permis de payer mon salaire et de soutenir ma pratique artistique grâce à des subventions de recherche. En 2012, pour faire face à la crise socio-écologique, j'ai introduit ma pratique artistique à l'Université des Arts de Londres (UAL) où je travaille. En faisant des interventions conceptuelles, je me suis heurté à la séparation entre le discours académique ou artistique, et les pratiques de l’administration de l'université.

  • Les aspects micropolitiques et holistiques des écopédagogies

    par
    • Berit Fischer

    Le capitalisme cognitif d’aujourd’hui fonctionne sur la logique du séparatisme, qui exige l’auto-marchandisation et l’auto-représentation : une logique de l’extériorité qui, comme nous le savons, est également inscrite, par exemple, par les médias sociaux. De même, la consommation omniprésente des médias, la notion de spectateur·rice·x, l’observation, le statut de témoin et le regard extérieur sont des qualités dont la société actuelle est abondamment saturée, et qui contribuent aux efforts des acteurs·rices·x du capitalisme tardif cognitif et de surveillance dans le construction d’hyper-individualisme. La sensation de séparation et l’apathie sont des états émotionnels qui manipulent et éloignent les sujets de leurs propres efforts sociaux et expressifs.

  • Jouer dans le vide

    par
    • Marc Herbst

    Je souhaite écrire sur ma pédagogie, qui est basée sur la performance, en relation avec une recherche textuelle plus explicitement politique. Ceci afin de mettre en évidence d'importantes tensions issues de la pratique, et de pointer quelque chose sur les relations entre savoir et enseigner dans notre monde en mutation.

  • Pour un art profondément écologique

    par
    • Marie-Anne Lanavère

    Dans l’art contemporain, un secteur professionnel basé sur l’économie de marché globalisée, et où j’ai travaillé pendant plus de vingt ans comme chargée de production, commissaire d’exposition, puis directrice, principalement en institutions publiques, la conscience écologique n’a guidé mes choix que très tardivement. La priorité était généralement donnée à la production du projet de l’artiste, à sa diffusion et à sa transmission, sans que le paradigme écologique n’interfère, ou si peu, dans la liberté de créer et de programmer.

  • Paysages déshydratés

    par
    • Jorgge Menna Barreto

    Si vous lisez ce texte sur un écran d'ordinateur, il est possible que vos yeux s'assèchent. L'exposition prolongée à des écrans électroniques lumineux fait que nous clignons moins des yeux et que la lubrification se réduit, ce qui peut entraîner un état connu sous le nom de « sécheresse oculaire », provoquant une gêne et affectant gravement notre vision. Alors que nos globes oculaires se déshydratent devant les écrans, on estime qu'environ 33% du globe terrestre subit actuellement des processus d'aridification. Outre le réchauffement climatique, la cause la plus immédiate de l'aridification dans le monde est l'utilisation inappropriée des terres par l'élevage et l'agriculture conventionnels.

  • Se préparer au "Pas encore"

    par
    • Jeanne van Heeswijk

    Comment pouvons-nous évoluer vers un désir partagé de la façon dont nous aimerions vivre ? Comment agir afin d’améliorer notre propre vie ou situation, tout en servant une approche collective ? Ce sont des questions qui doivent être abordées dans chaque cadre de vie – en ville comme ailleurs.